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Connaissance des textes
de la tradition indienne sur l’alimentation


Cela est nécessaire pour comprendre l’importance de la nourriture dans tous les niveaux de l’être selon la tradition indienne, et pour mieux gérer son diagnostic personnel et son traitement d’amélioration.

La Bhagavad Gita, chapitre 6, verset 16 déclare:
"naty-asnatas 'tu yogo 'sti
na caikantam anasnatah
na cati-svapna-silasya
jagrato naiva carjuna".



"Il n’y a aucune possibilité (na, jamais) de devenir un yogi (confirmé dans la science du yoga et relié jusqu’aux états suprêmes) si quelqu’un mange trop (ati) ou s’abstient (ananatah) ni (nor) également (tcha) mange trop peu, dort trop (svapna-silasya) ou ne dort pas assez et reste trop éveillé la nuit (jagratah)".

Dans la Bhagavad Gita, chapitre 17, verset 8 à 10,
le style et le mode de nourriture sont présentés en ces versets dans le cadre des trois gunas (sattva qui est la pureté et l’excellence, raja qui est le trouble et l’imprécision dans le contrôle, et tama qui est l’ignorance, l’inertie, l’obscurité). Cependant n’oublions jamais que ces trois gunas sont inséparables chez tout humain; seule la prédominance de base ou de choix varie de l’un à l’autre, le balancement. Ce sera donc l’art du praticien dans le traitement d’ayurvéda de comprendre toutes ces nuances et de réviser le diagnostic et aussi les traitements au fur et à mesure de la bonne évolution.

Voici, au verset 8, quelle est la vie selon la qualité de sattva développée par la nourriture:
"ayuh-sattva-balarogya-
sukha-priti-vivardhanah
rasyah snigdhah sthira hrdya
aharah sattvika-priyah".
Traduction:
"La durée de vie (âyuh), l’excellence dans l’existence (sattva), la force (bala) et la santé (ârogya), le bonheur (sukha) et la satisfaction (prîti) sont augmentés (vivardhanâh) par des aliments (âhârâh) juteux (rasyâh), gras (snigdhâh), riches (sthirâh), qui réjouissent (hrdyâh) et sont appréciés (priyâh). C’est ainsi pour celui qui mène sa vie selon le bien le meilleur (sâttvika)".

Ces aliments bénéfiques par leur nature sont des aliments purs, saints, non reliés au meurtre d’un être vivant, ni à des trucages comme les drogues ou boissons euphorisantes, mais reliés à des animaux de grande qualité comme le lait de vache dans la tradition indienne, ou comme la plante "neem" aux innombrables qualités.

Le verset suivant, 9, parle de la vie selon le guna de raja qui est caractérisé par l’impulsion du désir, la passion, l’activité désordonnée:
"katv-amla-lavanaty-usna-
tiksna-ruksa-vidahinah
âhârâ rajasasyesta
duhkha-sokamaya-pradah".

Traduction:
"Les aliments (âhârâ) acides (amla), lavana (salés), ati-usna (trop épicés) et pimentés (riksna), desséchés (rûksa), brûlants (vidâhina) sont appréciés (istâh) par celui qui est influencé par le raja de l’impulsion, du désir et de la passion (râjasasyestâ) et cela lui cause (pradâh) souffrance (duhkha), misère (soka) et maladie (âmaya)".

Le verset 10 présente la vie influencée par une nourriture de type tama qui est l’ignorance et l’inertie:
"yata-yamam gata-rasam
puti paryusitam ca yat
ucchistam api camedhyam
bhojanam tamasa-priyam".

Traduction:
"La nourriture préparée plus de trois heures avant d’être consommée (yâta-yâmam), sans goût (gata-rasam), fétide (pûti), décomposée (paryusitam), ce qui est (yat) les restes des autres personnes (ucchistam) et aussi (api) la nourriture (bhojanam) qu’il ignore (tâmasa) et relève de son mode de vie d’ignorance généralisée et morale, c’est cela qu’il aime (priyam)".


Au contraire, un autre verset présente la nourriture comme prière et sacrifice et offrande. C’est Bhagavad Gita, verset 24 du chapitre 4:

"brahmarpanam brahma havir
brahmagnau brahmana hutam
brahmaiva tena gantavyam
brahma-karma-samadhina".

Traduction de ce verset souvent chanté comme prière avant le repas en Inde:
"Celui qui est dans la nature et le niveau spirituels (brahmâ) et y est impliqué (arpanam) vers les niveaux suprêmes (brahmâ) comme par l’offrande de beurre (havir ou havih) dans le feu (agnau) et qui par son âme spirituelle (brahmanâ) est offert (hutam), alors le niveau spirituel (brahma) purement (eva) par lui (tena) est atteint (gantavyam) et, dans les activités (karma) spirituelles (brahma), il est intégré complétement (smâdhina)".

Alors, la Bhagavad Gita, chapitre 15, verset 14, dépeint cette union dont l’enjeu s’est joué par la nourriture, révélant ainsi l’importance de cette activité alimentaire:

"aham vaisvanaro bhutva
praninam deham asritah
pranapana-samayuktah
pacamy annam catur-vidham".

Traduction:
"Moi, Je (aham, c’est alors une parole divine) suis dans le feu de la digestion (vaisnânarah) étant et devenant (bhûtva) situé (âshritah) dans l’air qui sort (prâna) et dans l’air qui entre et descend (apâna), gardant ainsi l’équilibre (samâyuktah) et ainsi je digère (pacâmi) de la nourriture (annam) les quatre sortes (catur-vidham)".

On est ici loin d’un simple traitement par des conseils de diététique. Mais c’est une conception globale et unitaire de tout l’univers, de la "Création" dirait le judaïsme. C’est une vie dans l’interférence globale et constance où tous les niveaux de l’être sont un, depuis la matière externe et interne, jusqu’aux dynamiques internes et externes, psychologiques, intellectuelles, spirituelles et supraspirituelle.


Ainsi, ce que je nomme "le trio ayurvéda-méditation-yoga" est alors une réalité unique vécue simultanément par les différents niveaux de l’être, et non pas trois types d’exercices.

Le digestion est représentée comme facilitée par l’activité d’un feu stomacal, lui-même relié à un feu divin comme le précise une mantra védique dans le Br.had-a-ran.yaka Upanis.ad 5.9.1 et sans ce feu divin la digestion ne peut pas fonctionner ("ayam agnir vais'va-naro yo 'yam antah. purus.e yenedam annam. pacyate"). Et cela est encore repris dans Vedanta Sutra 1.2.27 : "abda-dibhyo 'ntah. pratis.t.ha-na-c ca, la présence divine est dans le son, dans le corps, dans l’air mais non sous une forme corporelle".
Mais tout cette connaissance nécessaire pour bien se mener ne complique pas l’existence car la Vedanta Sutra Adhyayas laisse à chacun d’interpréter cela comme réalité ou comme métaphore; et elle va plus loin dans la Sutra 6.4.28 où elle indique cela catégoriquement (à l’image de ce qui est souvent développé dans le Talmud et dans la halakha juive pour toutes les situations de dangers et que toute femme juive juive doit connaître pour préserver la vie de ses enfants).

Voici le verset de la Sutra:
"sarva-nna-numatis' ca pra-n.a-tyaye tad-dars'ana-t":
"toute (sarva) nourriture (anna) a la permission (anumatih) pour sauver la vie (prâna) à l’extrême (atyaye) et cela est précisé dans les écritures (darsanât)". Ce verset fait allusion au conte du pauvre Usasti Câkrâyana et de son épouse Atiki rapporté dans Chândogya Upanishad 1.10.1 à 4.

Et ce thème est conclu par le verset 14 du chapitre 15 de la Bhagavad Gita que nous avons cité plus haut. Et cette tradition traite alors très concrètement des formes particulières à chacun pour savoir utiliser ce feu dans la digestion spécifique des quatre formes de nourritures: celles qui se mâchent ou s’avalent, celles qui se sucent ou se lèchent. Et le goût de chacun pour tel ou tel type de ces nourritures éclairera encore plus le praticien dans son diagnostic et dans ses prescriptions de traitement pour aider la personne qui sollicite son aide pour un bien-être global.


Autre sagesse alimentaire qui rassure:


Nous trouvons ceci dans Hatha Yoga Pradipika, un ouvrage très connu car il parle des techniques de respiration en particulier. Il fut écrit au 15e siècle mais rapporte les traditions les plus anciennes. Il écrit au chapitre II, verset 14 :

abhya-sa-ka-le prathame s'astam. ks.hi-ra-jya-bhojanam |
tato|abhya-se dr.-d.hi-bhu-te na ta-dr.-ng-niyama-ghrahah. || 14 ||

"Après un temps (kâle) d’entrainement régulier (abhyâsa), la personne est arrivée aux disciplines personnelles pour la purification de soi. Et, si pendant la première étape de pratique ou traitement, la nourriture qui consiste en lait et beurre clarifié est saine, quand la pratique devient bien établie, aucune telle restriction n'est plus nécessaire".
Toute personne qui a recouru aux conseils et aides en ayurvéda a été surprise par cette stratégie constante de facilitation qui s’organise de soi même au fur et à mesure du succès du traitement.


Tout se termine en musique et chanson


Elle comprend alors ces magnifiques chants holistiques qui placent le même mot (comme le décrit un des plus anciens upanishad, le Taittiriya Upanishad qui est une partie du Yajur Veda) dans l’anatomie du corps, dans le soleil ou la lune, dans le feu, dans la nourriture, dans la conscience, ou dans des niveaux plus élevés encore. Nous le voyons, par exemple, dans le magnifique chant intitulé "Gayatri mantra" : la mantra redit des mots: Om, Bhuh, Bhuvah, Suvah, Tat, Savitur, Varenyam, Bhargo Devasya Dheemahi, Dheeyo yo nah Pratchodayaath.

Pour ces motifs holistiques et pluri-dimensionnels, le chant "Om, Bhuh, Bhuvah, Suvah" est réputé comme particulièrement thérapeutique au niveau des désordres de santé. et il est fréquemment fredonné par chacun. En raison de ses qualités qui caractérisent les dynamiques pures de sattva, il serait particulièrement indiqué et efficace dans les heures où le bénéfice possible de sattva domine (de 4 à 8 heures du matin - et de 4 à 8 heures du soir) tandis que de 8 heures du matin à 4 heures de l’après-midi, c’est l’activité de raja qui règne; et de 8 heures du soir à 4 heures du matin, c’est l’inaction de tama qui règne. Mais, si on a compris clairement ce qui a été dit plus haut, il n’y a aucune exclusive dans les pédagogies de cette tradition.

Signalons deux autres références pour ceux qui voudraient prolonger l’étude:
- les Chandogya Upanishad ou Chandogyopanisad VIe partie, chapitre 7 verset 2 nous décrivent
"comment l’esprit est constitué de nourriture", affirmation révolutionnaire.

- le Mahanatayanopanishad 79, 15 nous décrit brillamment comment les dynamiques de tous les plans que nous avons pris en considération interfèrent et se succèdent.

79,15: "Ces rayons par lesquels le soleil donne la chaleur, ces mêmes rayons transforment de l'eau dans le nuage de pluie qui douche par la pluie. Par le nuage de pluie les herbes et les arbres apparaissent. Par les herbes et les arbres, la nourriture est produite. Par l'utilisation de nourriture, on nourrit les souffles et le sens. Quand la respiration de vie est nourrie, on obtient la force corporelle. La force corporelle donne la capacité pour pratiquer les Tapas (sous la forme du sang-froid, du jeûne religieux et ainsi de suite). Comme résultat de tels Tapas, la foi dans les vérités scripturales apparaît. Par la foi mentale, la force vient. Par la force mentale, le contrôle des sens est rendu possible. Par le contrôle de sens, la réflexion est engendrée. Par la réflexion, il en résulte la tranquillité de l’esprit. L'expérience conclusive de Vérité suit le calme. Par l'expérience conclusive de souvenir de Vérité, le souvenir envers celui qui est Cela est engendré. Le souvenir produit le souvenir continu.

Du souvenir continu résulte la réalisation directe de Vérité. Par une telle réalisation une personne connaît l'Atman. C'est pourquoi, celui qui donne la nourriture donne tout cela. Ainsi, il est révélé que les respirations vitales et les sens des créatures viennent de la nourriture, que les fonctions de la réflexion fonctionnent avec la respiration vitale et les sens, que la réalisation directe et réussie vient de la réflexion et le bonheur vient de la réalisation directe et intacte de la Vérité. Ainsi, ayant atteint le bonheur on devient le Suprême qui est la source de l'univers."



Maintenant, après ces connaissances permettant de mieux comprendre, de mieux se gérer, et de poursuivre sa propre formation en ayurvéda et en alimentation, il est possible d’entrer dans les phases concrètes de diagnostic, traitement, perfectionnement de l’alimentation quotidienne, sans se tromper sur l’orientation. Ce sera la lecture de la seconde partie de cet article.

 

 
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