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- Le sens courant du mot
- Sa place dans l'ayurvéda-yoga
- Technique et résultats
- Lien avec la spécificité de l'ayurvéda
   Multiplicité, unité pris en compte dans le diagnostic et dans la culture

- La pratique
- "Tout est là"

Dans mes traitements par ayurvéda, ou dans la formation personnelle ou professionnelle à cette discipline, la méditation fait partie de l’ensemble au même titre que le yoga, les massages, les plantes, etc. Découvrons donc cette méditation traditionnelle.





Ce texte-ci a une particularité: il est clair et, après avoir défini les techniques, il vous met en contact direct avec les textes nombreux de la tradition indienne. Ces textes sont très condensés dans l’expression car ils cernent avec une grande précision et une étonnante simplicité les véritables mécanismes internes.
Ce texte demande à être lu en se reliant personnellement à ces dynamiques intérieures et en entendant le maître, Patanjali, qui transmet le savoir antique sûr et passé, d’âges en âges, au crible de multiples sages spécialistes en la matière.

On est donc ici dans un processus de formation sérieuse. Et ce texte vous permettra d’aborder directement leurs œuvres sans être déconcertés: vous aurez déjà connu les fils conducteurs.





Le sens courant du mot méditation
prend toujours l’une de ces directions techniques suivantes:

- Activité cérébrale pour la pratique: arrêter d’agir puis se concentrer et, enfin, se stabiliser pour réfléchir, approfondir, spéculer, et finalement tirer des enseignements puis des applications,

- Activité spirituelle
: se concentrer de la même manière mais pour se recueillir uniquement sur l’important, l’essentiel qui ne peut pas être atteint sans cet exercice,

- Activité supraspirituelle
: se concentrer encore mais pour recevoir, rencontrer, contempler et partir dans des dimensions spirituelles inatteignables sans cette attitude. Dans ce troisième niveau, les pratiques ne sont guère éloignées chez les sages de cultures ou religions différentes mais c’est la nomination verbale ou la représentation visuelle intérieure de l’objectif choisi qui change (nommer rencontre du divin ou non cette expérience, la nommer rencontre du soi individuel et du soi essentiel, nommer cet objectif suprême comme unique ou comme pluriel, nommer seulement la cible comme accessible ou comme direction inaccessible mais présente cependant).
Il arrive aussi, dans l’histoire ou de nos jours, que ces pratiques existent mais ne portent pas explicitement le mot de méditation.

- En tous ces diverses formes de méditation
, il y a techniquement un calme nécessaire dans le corps et dans les sensations, une mise en ordre du désordre intellectuel et du désordre des modes d’action, un perfectionnement dans l’activité de la conscience qui s’oriente, se stabilise, contemple et se développe dans cette forme de rencontre ou de vision.




Ce qui nous importe, c’est maintenant la place que prend la méditation dans le cadre du système global de l’ayurvéda et yoga. Et cela non pas théoriquement mais pour en bénéficier concrètement dans les traitements, dans la formation personnelle ou professionnelle.

Nous entrons ici maintenant dans une tradition spécifique multi-millénaire dont le but est de procurer à chacun le bien-être paisible, sain et heureux le plus large, le plus effectif et le plus stable.



Nous en trouvons la description unanimement acceptée dans le Yoga Sutra de Patanjali.

En bref, cet état psychologique de méditation (dyâna) qui est la cible idéale, désirée et parfaite pour laquelle on s’exerce, est nommé samâdhi en sanskrit. Et il consiste à se situer en dehors de tous les facteurs négatifs des pensées, de leur nombre, de leur tourbillonnement, de leurs conflits, de leurs obscurcissements qui sont nommés ensemble par le terme de klécha.

C’est un état qui se définit comme dans le sommeil (I, 10) par l’unidirectionnel (pratyaya. Yoga-Sutra III,3) et l’abandon des autres fonctionnements.
Si la concentration vers l’état cible est donc nommée samâdhi, la stabilité paisible atteinte dans la centration sur l’objet essentiel se nomme shamatha en sanskrit, ou Shi-né en tibétain. Et la discrimination aisée entre tous les facteurs internes négatifs qui s’ensuit est nommée vipashyanâ.

Cela étant compris clairement, abordons l’oeuvre qui est la base de tout: le Yoga Sutra de Patanjali.




La cible optimale samâdhi est décrite dans le 3e chapitre, verset 3 : "quand l’objet (artha) de la méditation (dhyâna) englobe celui qui médite au point qu’il dépasse son seul moi, cela est samâdhi". C’est un passage comme celui du musicien dans sa musique. La conscience ou la prière intellectuelles sont dépassées et vides (shûnyam).

Patanjali va jusqu’à présenter cela (I, 26-30) comme la relation au divin, suprême enseignant ou suprême guru vers lequel on fait les passages qui deviennent permanents (anavacchedât), continus, non limités, ininterrompus par les habitudes ou difficultés.

Il démontre cela par un exemple, celui de la mantra ou répétition du son Om.
Ce son a la caractéristique d’être une succession de trois sons (Â-ou-m) qui couvrent toute la gamme des sons et prononciations. Une analogie nous fera comprendre cette fonction dans le judaïsme: quand on prononce envers la femme ou envers la présence divine le son At (tu, en français ou you en anglais), cela est le passage de la lettre a (aleph) qui caractérise le divin à tel point que la Torah ne commence que par la seconde lettre, beit; et le son du mot At est la dernière lettre de tout l’alphabet, ce qui veut dire que l’on se relie à l’autre, féminin, avec tous les paramètres et toutes les dynamiques positives possibles du début à la fin.

La syllabe Aoum est nommé pranava dans cette fonction.

L’individu atteint alors l’union à la dimension la plus large, et il devient un grand moi (mahâtmâ).
Cette méditation active demande la répétition (japah) pour que se réalise l’identification affective (tadarthabhâvanam), verset I, 28. Patanjali précise dans le verset suivant que cette forme de répétition fait relier et elle fait réaliser l’union avec maîtrise (adhigamah). Bien plus, elle supprime les obstacles (antarâya) à la maîtrise du moi personnel, ainsi que les interférences nocives.

Et Patanjali donne une longue liste, dans les versets I, 30-31, de ces obstacles (antarâyâ) réduits par cette forme de méditation dont il a pris l’exemple du processus sur la syllabe Om.

Il démontre par là la nécessité et complémentarité de cette technique de la méditation par rapport aux autres techniques de bien-être: ayurvéda, massage, yoga, etc. Il vaut la peine de lire cette liste des obstacles:

Ce sont: la maladie (uyâdhi), l’inertie et le manque de persévérance (styâna), l’indécision et le doute permanent
(samchaya), l’inattention et les négligences (pramâda), la paresse et l’indolence (âlasya), le manque de contrôle qui mène à rechercher des solutions uniquement matérielles et sensuelles (avirati), les illusions et erreurs (bhrântidarchana), les manques de persévérance et les déceptions (alabdhabhûmikatva), le manque de stabilité dans les améliorations (anavasthitatvâni), l’alternance entre la conscience réelle et la distraction cittaviksepah), la tristesse et le désespoir (duhkha), la souffrance mentale (daurmanasya), l’instabilité dans les dynamiques corporelles (angamejayatva), les rythmes irréguliers de la respiration (chavâsamrasvâsâh), les distractions (viksepa).

En ce bref exposé, on a pu ainsi connaître et apprécier ce que la tradition nous enseigne sur l’efficacité de cette technique unique (eka) qu’est la méditation pour la prévention (tatpratiseddhârtham) et le traitement de toutes ces formes de troubles sur les différents plans. C’est donc une part essentielle de la connaissance de soi et du traitement par l’ayurvéda.
Ne prolongeons pas davantage car seul le traitement et la formation personnelle en se reliant à la connaissance véritable de la tradition et non simplement comme techniques, permet d’atteindre ces fruits.

L’exemple donné a utilisé la répétition d’une syllabe, mais l’apprentissage et le développement couvrent d’autres processus et techniques.
La tradition prend ainsi en traitement des processus très concrets et n’est aucunement une fuite illusoire vers des paradis confus.





Le lien avec l’ayurvéda apparaît encore en ceci: Patanjali n’indique pas que seuls quelques êtres sublimes sont capables de s’élever jusqu’au sommet du surhumain ou jusqu’à la divinité (nommée comme chacun le peut ou le veut).
Au contraire, porte-parole de la tradition indienne multi-millénaire, il décrit dans le verset IV, 4 et suivants, que ce mouvement d’élévation est seulement possible en fonction du fait que la conscience individuelle de chacun est, dans son essence et dans son être, une puissance qui est de la nature-même du plus haut.
Et pour cela, la tradition la nomme "asmitâ-mâtra", ce que l’on peut traduire par chacun de ces mots: "je suis, en moi-même". Cela veut dire que la qualité de ce "je", de ce "je suis" et de ce "même" est véritablement et vraiment de la même qualité que la cible suprême vers laquelle la méditation aspire. Cette prise de conscience est essentielle et son efficacité immense.

C’est bien pour cela que l’ayurvéda ne se contente pas d’un diagnostic de diététique sur ce qui est sain comme nourriture mais le praticien de l’ayurvéda recherche "la nature et la forme de cette globalité de la personne" qui est ici présente, avec toutes ses composantes participant des conflits de nature et avec les balancements entre les composantes et leurs dynamiques.
Il réalise cela avec la certitude mise à jour par la tradition que cette particularité de la personne présente est de la plus grande valeur, qu’il suffit de la connaître et de gérer avec, spécialement dans la nourriture sans tomber du tout sur des principes que telle ou telle nourriture sera toujours conseillée ou à proscrire.

Comme pour la méditation, comme pour un avion situé au milieu des éléments et des vents, il faut "faire le point en vérité" et jouer avec eux pour le meilleur, avec la conscience que cela est possible et extrêmement bon.

Donc, la conscience suprême n’est pas isolée dans les cieux mais elle est à l’intérieur de la conscience individuelle (citta). Et cela est tellement important que, à l’intérieur de la tradition indienne, le Bouddha donna en conséquence toute importance au lien entre ces deux consciences comme une seule et sans augmenter le sens de "l’altérité" de la conscience suprême.

Patanjali VI, 5 dit que cette conscience unique (eka) intérieure est celle qui développe (prayojaka) toutes les autres (aneka) formes personnelles de conscience entre lesquelles il peut y avoir désordre. Et que c’est là aussi que l’ordre optimal peut être reconstitué.

Donc, maintenant, on comprend par tout cela, l’importance que le praticien de l’ayurvéda donne au diagnostic physique, au lien avec les éléments de nature dans la structure personnelle (gunas, doshas, etc) et à la santé ou sainteté si l’on peut dire de ce regard envers chaque être humain. Patanjali insiste donc en ce point de la compréhension (IV, 7) sur la dynamique personnelle qui n’est jamais totalement bonne ou mauvaise, "jamais totalement blanche" (asukla) ou "jamais totalement noire" (akrsna) dans les caractéristiques de l’action (karma).
Le praticien de l’ayurvéda a donc adopté cette "unicité du regard" (ekatânatâ) sur tous les processus complexes (III, 2)

Maintenant aussi, on comprend pourquoi Patanjali (II, 29) indique que, dans ce cadre complexe mais unifié, la méditation est 1/8 de la réussite du yoga parmi les autres nécessités que sont l’abstinence du négatif (yama), l’observance répétée des bonnes pratiques (niyama), les postures (asanas), le contrôle de la respiration (pranayama), la limitation sensorielle (pratyahara), la concentration (dharana), la méditation (dhyana), et finalement samadhi.

De même, l’ayurvéda prendra en compte les pantcha-bhuta ou les cinq éléments de la nature, l’apparent manifeste (visesa) sous toutes ses formes de la personne
et le subtil non visible (avisesa), les cinq organes de l’action (karmenriya), les manifestations des cinq sens de perception (tanmâtra), etc. Vingt-deux principes sont ainsi pris en considération pour comprendre la personne dans la phase de diagnostic par ses influences sur les rythmes de vie et la santé ou la maladie suite aux répétitions (abhyâsa).

On comprend maintenant à travers cela l’importance du lotus avec ses composantes diverses si variées et ses multiples pétales (aravinda-dala) comme symbole constant, mais plus encore comme image de la nature effective des humains. Et aussi la représentation des chakras du corps sous la forme de lotus aux multiples pétales.
Et ce concept de diagnostic, de vision de soi ou d’autrui par le lotus est constant dans cette tradition indienne, par exemple dans Simrad Bhâgavatam (SB), un des textes des Vedas, les écrits les plus anciens:

aravinda-aks.ah. — l’oeil comme le lotus. SB 3.4.19
caran.a-aravinda — le pied comme le lotus. SB 3.7.14
aravinda-na-bhah. — avec un lotus émergeant de son nombril. SB 3.15.37
vadana-aravinda-s'riya- — avec son beau visage comme un lotus. SB 5.18.16
aravinda-aks.a — O ce grand héros dont les yeux sont comme les pétales d’un lotus. SB 9.20.14.






Si l’ayurvéda est la réduction et la stabilisation des balancements nocifs, le yoga est la cessation de ces vibrations dans la conscience, en sachant que cela se joue dans la liaison aux forces et consciences naturelles et cosmiques (prakti).
Dans l’ayurvéda, sont alors examinés les 5 koshas qui correspondent aux cinq niveaux de l’être humain: terre (niveau anatomique ou annamaya), eau (niveau physiologique ou prânamaya), feu (niveau mental ou manomaya), air (niveau intellectuel ou vijnâmaya), ether (niveau du bonheur suprême ou ânandamaya).

Et la conscience concrète (antarkarana) est ce qui uni le moi (ahamkâra) avec le Soi universel (antarâtma).
Que ce soit dans le yoga ou dans l’ayurvéda, tout se fait progressivement dans la généralisation de la concentration (dhârana) et dans la généralisation du silence qui est méditation (dhyâna).

Et, le début de Yoga Sutra dit: "alors (tadâ), le vrai moi (drastuh), réside (avasthânam) dans sa propre forme délicieuse (svarûpe)". Et ce terme "avasthânam, réside" signifie bien plus en sanskrit: c’est "prendre sa place et se tenir à sa place, et vraiment habiter, mais aussi rayonner de par sa propre réalité".


La personne atteint ainsi, comme il est dit au verset I, 39 un état de yathâbhimata où ce qui existe depuis le désir est agréable et goûté dans cette relation constante de méditation, dhyana.
Et les fluctuations (vrttayah) de la conscience, qui créaient des fluctuations et jusqu’aux troubles douloureux s’apaisent, sont annihilées (heyâh), évitées et respectent le silence.

Par la nourriture et les massages dans l’ayurvéda, tout ce lien intense à la nature et tout ce lien de jonction entre la nature et les expressions psycho-intellectuelles et spirituelles voit alors les impuretés (asuddih) diminuer puis être détruites (ksaye). Et l’être véritable irradie (dîptih) dans l’union à l’essence même de la connaissance et jusqu’à la gloire de la connaissance (âvivekakhyâteh). C’est le verset II, 28 de Patanjali. Et le verset 30 situe alors les dynamiques de non-violence (ahimsâ), de sincérité, d’honnêteté, de non-obsession des possessions.

C’est à ce niveau que ce qui semblait techniques et techniques répétitives est devenu éveil continu (eketânatâ) en III, 2 et relation interne entre les zones sous forme d’unité (bandhah) en III,1




Le Yoga Sutra de Patanjali (qui englobe pour nous qui avons bien compris maintenant l’unité du trio ayurvéda-yoga-méditation) se termine au verset IV, 34 par la nomination de ce qu’est la véritable libération atteinte (kaivalya) sur tous les plans (purusârtha) tant sur le plan du corps et de la santé, que des relations, des fonctions familiales ou sociales, des sentiments ou de l’insertion humaine universelle.

C’est une libération qui va jusqu’à la béatitude (kaivalyam) mais où l’être a conscience qu’il est revenu à sa véritable nature (svarûpa), et que cela est établi (pratisthâ). Et ce fut et c’est l’expérience du pouvoir de la conscience pure (citisaktih).
Et comme le At de l’hébreu qui est rencontre avec l’autre dans la plénitude, l’ouvrage de Patanjali se termine par le mot "iti" qui se traduit exactement par "c’est tout". Non pas "c’est fini et le texte est arrêté" mais: "cela est le tout, et il suffit d’y rester, de le renouveler car tout y est".

En conclusion, nous comprenons par l’enseignement de ce Sage Patanjali dans le Yoga Sutra et par l'enseignement de la Bhagavad Gita que:
- même si la méditation s’exerce à l’intérieur de temps consacrés à des techniques,
- l’essentiel est la dynamique interne de la méditation, c'est la centration, la relation, la stabilité effectives.
- cela peut se jouer aussi bien à l'aide de mots, de sons, ou d'activités ou de sentiments internes.
- et cela a besoin de se jouer en tous ces moments divers car, nous l’avons vu souvent dans ce texte, nous sommes composés de tous ces niveaux et donc aucun n’est ni privilégié ni exclusif ni exclu.

Cependant, la tradition indienne (et la tradition juive également) a compris trois points:
- la présence à la nourriture conforme à notre nature est essentielle, il faut donc l’apprendre pour être en connexion exacte, et en vie pleine, méditative.

- il y a une présence continue qui relie le corps et tous les niveaux de l’être, c’est la respiration avec son alternance de réception et d’expulsion. C’est le contrôle de la respiration et son organisation dans toutes les phases du yoga.
- ces deux points ne peuvent être réussis que s’ils sont vécus dans l’attitude intérieure de présence, centration, plénitude, stabilité. C’est la méditation.

Nous pouvons maintenant passer à l'action avec le trio indissoluble.

Et nous sommes donc en présence d’un trio indissoluble. Et recourir à l’ayurvéda, c’est apprendre ces trois dynamiques pour les vivre avec constance.

 

 
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