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Comment le Yoga devient global et permanent?
(Formation à partir du Yoga Sutra de Patanjali, chapitre 2)


Beaucoup se questionnent quand ils commencent l’ayurvéda ou le yoga: «je souhaite une vie plus saine et plus détendue: mais est-ce que je ne vais pas me compliquer l’esprit et la vie en apprenant les techniques de l’ayurvéda ou du yoga, et me sentir enfermé dans des obsessions de diététique ou de la perfection des postures et des horaires de leur répétition ?»

Ces questions sont excellentes et elles témoignent aussi de ce qui se passe actuellement: une dépendance obsessionnelle à des conduites qui nuisent, et le souci de ne pas retomber dans les mêmes pièges.

Voici la réponse des textes traditionnels qui ont abordé ce problème qui est vraiment essentiel, avant et pendant l’ayurvéda ou le yoga.

L’expérience du yoga est basée sur ce que Patanjali, l’unique grand maître rassemblant toute la tradition millénaire du yoga, maître incontournable et incontesté, enseigne dans le premier chapitre de son ouvrage «Yoga Sutra»: le renoncement à l’agitation mentale.

Ce renoncement se vit aussi concrètement dans l’apprentissage des positions du yoga: au début, le souci de réussir crée une tension dans la direction interne du mouvement, ce qui est le contraire du but recherché.
Et, ensuite, apparaît de façon conciliée et double: la capacité de réaliser la posture (asana) mais dans une attitude de réception et de détente et qui correspond au mouvement naturel et constant de la respiration.

Tout apprentissage des techniques du yoga passe à chaque fois (et chaque jour) par ces deux étapes. C’est seulement par ce passage que peuvent s’atteindre les états plus avancés de conscience qui sont décrits dans la littérature indienne, le samahdi.






Mais le yoga n’est pas seulement réalisé lors de la séance de postures. Il devient, à partir de là, un changement et une amélioration dans les relations à autrui et au monde. Et Patanjali le décrit pour notre compréhension et pour nous aider à le développer, à partir des versets (slokas) 2,28 et suivants du chapitre 2 (Sadhana pada, la pratique du yoga) de son ouvrage Yoga Sutra. C’est ce que nous étudions ici.





Yoga Sutra 2, 28

«Les impuretés (asuddhi) s’évacueront et la lumière de la sagesse (jnanadiptih) apparaîtra jusqu’à la capacité de vivre avec discernement (vivekakhyateh) quand on pratiquera les membres (anga) du yoga».

La phrase est claire sauf ce terme de «membres» (limbs, en anglais). Bien entendu, il s’agit de «composantes» mais l’auteur a voulu adopter un terme concret et corporel pour désigner ce qui ne serait resté qu’une définition abstraite. Car tout se joue au niveau corporel et toujours dans le lien de tout au corps et par le corps.

Il donne la liste de huit «membres du yoga» (adoptons ce terme important «membre»).

- retenue ou le contrôle de soi dans les relations (yama)
- retenue ou le contrôle de soi par rapport à notre conduite envers nous-même (niyama)
- posture dans le yoga (asana)
- contrôle de la respiration (pranayama)
- retrait des prédominances des sens (pratyahara)
- concentration (dharana)
- méditation (dhyana)
- état supérieur de la conscience (samadhi)


Posture asana



- contrôle de la respiration (pranayama)
- retrait des prédominances des sens (pratyahara)



Concentration (dharana)

 

La méditation (dhyana)



Patanjali nous transmet une pratique séculaire et nous fixe clairement sur ce principe que le yoga n’est pas constitué uniquement par les points 3 (posture) et 4 (contrôle de la respiration). Ceux qui limitent à cela l’enseignement ou la pratique ne font pas du «yoga». Mais ils ne prennent que deux «membres» d’un corps vivant: c’est alors un meurtre ou une mort. Et ils n’aboutiront pas au «yoga» qui est «la lumière de la sagesse (jnanadiptih) jusqu’à la capacité de vivre avec discernement (vivekakhyateh)»; ils ne pratiqueront que de la gymnastique.

Patanjali développe ensuite, dans le verset 30, ce que veut dire le terme de yama, que nous avons défini, pour une première approche, comme «retenue ou le contrôle de soi dans les relations».





Le premier yama est la non-violence (ahimsa)


ce n’est pas de ne pas tuer, ni de ne pas blesser physiquement mais c’est ne pas causer de souffrance (qui peut être autant morale, psychologique, sociale que physique). Ce n’est pas non plus l’obligation d’aimer, mot moral trop vague et qui peut faire oublier facilement les souffrances subtiles et inconscientes infligées à autrui. Le mot «himsa» signifie violence ou blessure, et le préfixe «a» est privatif, utilisé dans beaucoup de mots sanskrit ou hindi et signifie «non».

Ce terme de ahimsa sera développé au verset 2,35. Il nous y informe que sa pratique arrête les hostilités (vaira). Cela, à condition que la personne vive véritablement «en présence (samnidhau) de cette qualité de non-violence qui évite la souffrance à autrui, et que la personne soit «bien établie et stable et constante (pratishthayam)» dans cette attitude. Il est bien connu de tous que le Mahatma Mohandas Karamchand Gandhi (2 Octobre 1869 – 30 Janvier 1948) a été le diffuseur de cette yama dont il a prouvé l’efficacité envers les Britanniques pour la libération de son pays sans guerres destructrices mais, hélas, il a perdu la vie par la folie d’un individu «anti-ahimsa».



Le second yama est le non-mensonge (satyam)

le respect de la vérité et de la véracité sur tous les plans de notre être et de nos relations, et sous toutes les formes de communication

Le premier enseignement d’un texte majeur de l’hindouisme, le Mahabharata commence ainsi: «"Satyam Satyam punah Satyam; c’est vrai, c’est la vérité, et encore, à nouveau, c’est la vérité». Donc, l’exercice du yoga doit être accompagné d’une volonté interne et externe de vérité. On n’imaginait pas cela généralement.
Ce sera développé au verset 36: «à celui qui est établi dans le respect de la vérité, ses actions (kriya) et leurs résultats (phala) deviennent effectivement soumis (asrayatvam) à ce principe».


Le troisième yama est de ne pas voler (asteya)

Encore une fois, il ne s’agit pas seulement d’un objet physique ou de l’argent, mais aussi de toute possession morale, intellectuelle, réputation, droits d’auteurs, utilisation sans accord du créateur de la chose, etc. C’est une honnêteté globale et exigeante.

Ce sera développé au verset 37: «à celui qui est bien établi dans le non-vol, tous (sarva) les joyaux et richesses (ratna) viennent vers lui (upasthanam). Il est étrange que ce principe ne soit jamais enseigné dans le monde et que le gain soit basé le plus souvent sur la tromperie, la perfidie, la concurrence blessante. Combien usent leur santé et cela durant toute la vie pour ces courses folles et immorales et qui détruisent d’abord leur acteur.

Le quatrième yama (brahmacharya)

On le traduit souvent cela par «la continence» ou «le célibat» . Ces traductions sont trop limitatives car ce terme signifie de vivre selon la conscience de «l’ordre des choses», le sédér haôlam comme dit le judaïsme.

Cela sous-entend: de s’accorder et de se conformer à la volonté divine créatrice, et donc d’abord -pour y parvenir- essayer de vivre dans la présence divine, comme dit le psaume 16;8 shiviti Hachem le negdi tamid (je me suis toujours représenté Dieu devant moi). La forme de continence adaptée à la situation personnelle correspond aussi à cela. Il s’agit donc d’une cohérence globale d’où s’ensuit une tempérance globale.

Ce sera développé au verset 38: «Celui qui y est bien établi acquiert la vigueur ou énergie vitale (virya)».
Combien de relations amoureuses qui traversent des tempêtes ne seraient pas vécues avec l’épuisement physique qui accompagne généralement ces crises si le contrôle était gardé envers l’intensité des réactions.
Ce quatrième yama ne prône pas le célibat mais le contrôle sain et adapté dans toute forme de vie individuelle, et cela va jusqu’à le contrôle de la réussite possible dans la mise au monde et dans l’éducation du nombre d’enfants correspondant aux capacités du couple.




Le cinquième yama est aparigraha

la non-convoitise, la non-avidité, la non-possessivité, la non-acquisivité si l’on peut dire, la non-accumulation sous toutes formes (possession d’objets, de relations sociales ou sexuelles ou amicales, de compliments, de titres, de regards, de savoir quelles que soient les branches, de cadeaux, d’amis, d’enfants, d’attentions, etc.).

Ce sera développé au verset 39 qui a suscité bien des explications et traductions diverses en raison du raccourci du sanskrit et de la multiplicité des sens qui viennent à partir de la position respective des mots les uns à côté des autres, ce qui fait sa richesse inépuisable.
J’essaie de rassembler ces sens: «Quand quelqu’un est dépourvu de convoitises (aparigraha) diverses, il peut alors vraiment saisir (sambodhah) ce qui est le comment et le pourquoi (kathamtâ) de ses naissances (janma), (ce qui veut dire de son passé, de son présent et de son futur) et se stabiliser (sthairye) en cela».



Cela veut dire une vie sans surplus, sans accumulation, sans dispersion ni concurrence ni imitation envers les autres ni pressions sur les autres. Alors le bonheur (ananda ou sukha) peut être au rendez-vous
et la personne peut approcher d’être une personne heureuse (krtârthan). Et la purification par cette qualité de aparigraha en est la condition indispensable, donc constante et subtile et difficile.

Cela, pour la véritable réalisation de soi et non pour la réalisation des objectifs de la collectivité environnante ou des objectifs prônés par autrui quel qu’il soit.


C’est avec précision cette cinquième yama (aparigraha) qui permet et assure la réalisation (sadhu) du potentiel de soi, la sadhaka
. Cet objectif de cette cinquième yama est si subtil que les textes traditionnels utilisent ce mot pour désigner la véritable initiation de qualité. Tous ces mots viennent de la racine «sadh» qui veut dire réaliser.

Nul doute que beaucoup de lecteurs seront surpris de découvrir que le yoga constitue un tout inséparable avec le corps unifié de toutes ces nombreuses dynamiques physiques, corporelles, éducatives, psychologiques et relationnelles et morales et spirituelles.

On comprend alors que cette complexité et ce dosage ont aussi à être acquis par l’aide guidée d’une tradition transmise. Et une tradition tellement consciente et respectueuse de la particularité de chacun qu’elle va jusqu’à parler du potentiel inconnu qu’il avait depuis des vies précédentes...

La relation de diagnostic, de traitement ou de formation par l’ayurvéda ou par le yoga doit prendre en considération tous ces niveaux dès le premier contact. Cette qualité dans cette relation particulière est basée elle-même sur une formation qui a assurée la véritable transmission de la tradition.


Patanjali, présente alors ensuite les cinq «niyama» (retenue ou contrôle de soi par rapport à notre conduite envers nous-même) à partir du verset 2,40 jusque 45. Le corps y est vu comme le lieu concret de tout ce travail de purification comme cela se produit dans un temple. Cette image est belle car elle manifeste le respect et la délicatesse qu’il y a dans ce travail.

D’autres commentateurs parlent d’avoir envers soi-même la même lucidité et la même stabilité éducative et sans atteinte personnelle que les parents ont ou devraient avoir en élevant un enfant.

Nous le verrons dans le verset 43

(à suivre, mais intégrons d’abord lentement et plusieurs fois ces passages si riches).

Se reporter également, pour élargir et développer ce processus de formation, aux pages du site traitant de l’oeuvre de la Bhagavad Gita, et des dimensions techniques plus concrètes (massages, plantes).

 

 
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