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Je pratique le yoga et je n'ai pas encore commencé les améliorations de ma nourriture ni la méditation. Vous insistez sur ceci que le yoga, la nourriture, la méditation sont un seul ensemble. Pouvez-vous m'indiquer des textes de la tradition indienne qui le disent clairement comme vous l'indiquez?


Ces textes sont très fréquents mais je vais vous en citer un qui répond très clairement à votre question en regroupant les différentes techniques et en expliquant leur lien très brièvement. Il s'agit du texte: Hatha Yoga Pradipika chapitre (upadesa) 2 centré sur la respiration (pranayama). C'est un texte du 15e siècle centré sur le Hatha Yoga mais basé sur les traditions les plus anciennes et qui est l'un des 4 ou 5 textes le plus célèbres sur cette forme de yoga. ils a été écrit par le Maître ou Swami Svatmarama.

Il présente le système global et le lien entre les principales notions courantes: asanas (postures de yoga), bandhas (liens), chakras (centre énergéiques), kundalini (l'un des ces centres relié au divin), kriyas (action yogique réussie), mudras (exercices par gestes et reliés à la spiritualité particulièrement), nadis (il y a 72 000 nadis ou conduits de circulation de l'énergie dans le corps), etc.

Voici les trois premiers versets qui répondent exactement à votre demande:


Revenons au texte que vous souhaitez.

En voici la traduction en anglais:

2,1. Posture becoming established, a Yogî, master of himself, eating salutary and moderate food, should practise Prân.âyâma, as instructed by his guru.

2,2 Respiration being disturbed, the mind becomes disturbed. By restraining respiration, the Yogî gets steadiness of mind 2.

2,3 So long as the (breathing) air stays in the body, it is called life. Death consists in the passing out of the (breathing) air. It is, therefore, necessary to restrain the breath. "

Et voici sa traduction des trois versets en français:

"2,1.

Ses postures de yoga (asana) commençant à être bien stabilisées, le praticien du yoga (le yogi) devenant maître de ses sens et habitué à une nourriture saine, adaptée à sa nature, nourrissante et modérée, il doit pratiquer le pranayama ou la respiration comme il a été formé en cela par son gourou.

2,2

Quand la respiration est troublée, l'esprit lui-même devient perturbé. Quant la respiration est devenue contrôlée, le yogi parvient à contrôler son esprit. Par le contrôle de sa respiration, le yogi atteint la stabilité de son fonctionnement mental.

2,3
Tant que la respiration reste dans le corps, cela se nomme la vie. La mort consiste en l'arrêt du souffle. Il est, par conséquent, nécessaire de discipliner le souffle."

 
La question précédente m’invite à vous poser celle-ci. Y a-t’il dans la Bhagavad Gita sur laquelle vous insistez beaucoup dans votre site, un passage qui traite spécialement de la nourriture?



Oui, dans le chapitre 17, versets (slokas) 7 à 10. Voici le texte et je vous donne les principaux mots en sanskrit pour que vous avanciez dans la vraie connaissance:
verset 7: «La nourriture (âhârah) est pour chacun et tous (sarvasya) de trois sortes (tri-vidhah) suivant ce que l’on aime (priyah). Et c’est en correspondance aussi (tatha) avec nos attitudes dans les sacrifices religieux (yajnah), dans les austérités et actes de charité (danam)».

Mon commentaire: cela veut dire que notre constitution et nos tendances et nos goûts alimentaires sont dépendants de notre participation spécifique aux trois «gunas». Il faut donc connaître notre nature et comprendre combien notre alimentation y participe et doit faciliter notre bien et ne pas aggraver nos tendances négatives ni nos déséquilibres. Il faut donc passer par la phase du diagnostic. Les versets suivants donnent ensuite un aperçu clair mais succinct des différentes catégories qui se jouent en chacun de nous».

Suite du verset: «Entre eux (tesâm) leurs différences (bhedam) écoute (shrénou).
Mon commentaire: Ce mot «écoute» revient continuellement dans ces textes comme le fait la mantra perpétuelle du «Ecoute, Israël».

Verset 8: «Ceux qui aiment (priyâh) que ce soit le bien qui influence (sâttvika) choisissent les aliments qui prolongent la vie (âyuh), donnent l’existence (sattva), la force (bala), la santé (ârogya), le bonheur (soukha), la satisfaction (prîti) et ceux-lâ choisissent la nourriture juteuse, grasse, compacte et qui réjouit le cœur (hrdyâh).
Mon commentaire: Le texte nous aide à percevoir et à nous interroger sur ce fait: à quel point tous ces niveaux sont en interaction et en symphonie. Une prise de conscience de nous-même est donc un stade indispensable. Ce verset a présenté le plus noble des trois gounas (phonétiquement: sattva, radjas et tamas, mais écrits «guna: sattva, rajas et tamas»). Le chapitre 14 décrit longuement toute la dynamique de ces gunas qui n’est pas seulement corporelle ni psychosomatique mais d’essence divine également (voyez le verset 7, 14 pour bien situer cela dans se richesse et dans ses risques de tomber dans une hygiène de vie déconnectée de la source).

Verset 9: «Les aliments amers (katu), salés (lavana), trop épicés (ati-usna),pimentés (tiksna), desséchés (rûksa);; brûlants (vidâhinah) sont appréciés (istah) par ceux qui ont un fort guna raja suscitant les passions violentes et engendrant la souffrance (duhkha), la misère (soka), la maladie (âmaya)».
Mon commentaire: Le texte insiste sur le fait que, dans la structure de guna, nous sommes en présence d’une véritable «dynamique» qui cause (pradâh) ces caractéristiques comportementales. Seule la prise de conscience peut permettre de gérer cet ensemble complexe vital qui peut devenir facilement dangereux et extrême.

Verset 10: «C’est la nourriture préparée trois heures avant le repas (yâta-yâmam), sans goût (gata-rasam), putride et fétide (pûti), décomposée (paryusitam), les restes venant des autres personnes (ucchistam), et ce qui devrait être intouchable (amedhyam) qu’aiment (priyam) ceux chez qui prime le guna tâmas qui se contente de l’ignorance».

Mon commentaire: Le verset présente le guna tamas. Si nous revoyons la suite de ces quatre versets, nous constatons que plus on est déconnecté du relationnel divin, plus la désagrégation s’installe comme une seconde nature. D’où le soutien permanent de la connaissance, de la prise de conscience, du lien personne humaine/personne divine caractérisé par le mot «écoute», par la priorité donnée à cela spécialement par les rites de bénédiction et d’offrande ou sacrifice avant l’absorption de nourriture.

Nous sommes loin des simples conseils de diététique, de même que le yoga veut dire «lien et union» et nullement positions de gymnastique. Perfides trompeurs ceux qui détournent ainsi le yoga mais, heureusement, la diététique de l’ayurvéda n’est pas pervertie et cela en raison de sa complexité car elle suppose préalablement un diagnostic fin de la personne, une définition fine de la nourriture qui rééquilibrera les gunas et doshas. A ces niveaux on ne peut pas pratiquer le mensonge pervers et d’exploitation qui caractérise souvent les pratiques dévoyées du yoga (positions et respirations). On comprend ainsi que la troisième composante qu’est la méditation est basée naturellement sur le respect de ces principes et ne peut pas être falsifiée.

Le chapitre final de la Bhagavad Gita (18, 4 à 22) développe ces conclusions de synthèse et insiste sur la nécessité de ces rites de bénédiction et d’offrande ou sacrifice avec l’absorption de nourriture. Il faut se reporter à ces nombreux et importants conseils de synthèse dans le comportement.

Mais, pour bien comprendre ce que sont ces trois gunas (gunatraya), il faut lire lentement le chapitre 14 de la Bhagavad Gita qui s’ouvre en ces termes significatifs: La personne divine suprême (placée au-delà de toute représentation possible, révèle Sa sagesse suprême, la connaissance (ja-nanam) suprême (uttamam) et transcendentale (param) qui seule a permis à «tous» (sarve) les Sages (munayah) d’atteindre (gatâh) en ce monde et à partir de ce monde-ci (itah) la perfection (siddhim).

Il fallait votre question pour permettre de présenter la globalité du système «yogique» de la nourriture dans l’ayurvéda.





Je voudrais vous poser une question sur l’ayurvéda et la nourriture.

Nous sommes un groupe de 7 jeunes touristes en Inde venant de France. Nous allons sur votre site pour mieux comprendre la mentalité et les coutumes aux Indes. Trois d’entre nous sont Juifs et ils sont surpris de l’importance considérable de la nourriture sur votre site pour la santé du corps et la santé psychologique. Et nous voyons aussi dans les temples l’importance des offrandes de nourriture. Nos amis juifs disent que, dans le judaïsme, il y a beaucoup de réglementations sur la nourriture, de rites avant et de prières après, mais ils n’ont pas su nous expliquer le pourquoi et la logique de ce système. Pouvez-vous nous le préciser et comparer avec l’ayurvéda et la culture indienne?


- Vos questions sont immenses, et je devrai me limiter sur les lignes principales et elles sont passionnantes pour comprendre le comportement humain individuel et des peuples à beaucoup de niveaux, ainsi que leurs méthodes de prévention de la maladie et de la bonne gestion de la santé.

Vous l’avez probablement compris sur mon site: toute la tradition indienne est en lien entre les niveaux de la personne et de l’être; ce mot "lien" est le sens exact du mot "yoga". Celui qui a compris et accepté cela a déjà compris le monde indien en son entier. La nourriture fait partie de ces liens entre tous les niveaux, aussi bien dans son bel équilibre que dans ses pathologies.

La conception occidentale, elle, essaie continuellement de séparer les niveaux, de "laïciser", de scientifiser mais elle échoue et la médecine est contrainte de découvrir maintenant la psychosomatique, par exemple, ou la psychopathologie. La diététique uniquement biologique est donc une aberration.

Mais la conception indienne va plus loin, elle place la nourriture dans le cadre d’une relation, et d’une relation d’offrande depuis les humains vers le Créateur (nommé de façon différence par les Ecoles différentes) et aussi d’une relation délicate d’offrande d’amour et de dévotion (voyez la Bhagavad Gîtâ 9,26).
Ces nuances indiquées par les mots sont importantes pour l’épanouissement et le bonheur qui est en jeu alors; des occidentaux ou spécialistes culinaires insisteront certes sur la nécessité de la beauté, du goût mais aller jusqu’à l’offrande d’amour dans une relation va beaucoup plus loin.

Par contre, prendre la nourriture comme un seul plaisir sensuel (plaisir de se régaler ou de bouffer, âtma-kâranât, BG 3,13) semblera une aberration grave à la culture indienne qui traiterait cela de "vol, stenah". Au contraire, elle est consciente en ce passage que cette conception plus large apporte une régulation qui "soulage"(mucyante) l’ensemble de l’être et l’épure de graves erreurs ou fautes (agham). C’est de là que naît la conception du repas comme sacrifice (yajnah). Il n’est donc pas question seulement de dire des prières avant ou après un repas.

Et cette conception se prolonge encore concernant le processus de digestion (vaishvânarah, BG 15,14) qui serait mû par l’action vitale représenté comme un feu divin qui se combine avec les deux mouvements de la respiration (l’air qui entre et descend, ou apâna; et l’air qui sort ou prâna). Et on est presque dans une conception symphonique car les aliments sont alors activés selon leurs quatre sortes ou catur-vidham. Et, de plus, l’action des planètes sur les aliments est rappelée, y compris celle de la lune qui jouerait particulièrement un rôle en développant leur saveur (BG 15,13).


- Vous le comprenez, il s’agit ainsi d’une anthropologie globale ou holistique et pas seulement philosophique ou religieuse. La régulation est intégrée dans l’ensemble des nécessités vitales ou bhogân (BG 3,12).

Il faut ajouter à cela la constitution particulière de la personne que l’on précise par le diagnostic des doshas et gunas en début de cure de l’ayurvéda pour comprendre l’ensemble de ce jeu interne avec ses troubles et ses choix et besoins. Voyez sur le site l’article sur "Qu’est-ce que l’ayurvéda". On est loin de la simple "diète alimentaire".

- Maintenant, après cet ensemble, je puis aussi vous éclairer sur certaines dimensions juives de la nourriture qui sont quelque peu ou beaucoup dans ces mêmes ondes.

Je ne parlerai pas simplement de la prière de remerciement après le repas ni des rites de purification des mains avant le repas (nétilate yadayim), ou des ustensiles (cachérisation) ou des types d’aliments et des compatibilités dans le cashér ou non entre les aliments et tout ce qui en découle pour les horaires de séparation ou pour l’organisation de la cuisine et des outils culinaires.
Je parlerai ici de ce qui le sous-tend, en choisissant les dimensions que nous avons explorées également ci-dessus et cela pour mieux en comprendre les différences et les similitudes. Je me baserai principalement sur Réshit ‘Hokhma (Le commencement de la Sagesse), l’ouvrage inattaquable et incontesté du Grand Sage du 17e siècle, le Rav Eliahou ben Moché Vidas, spécialement dans le Portail de la Sainteté, Chaâr haqédoucha.

- Ne remontons pas jusqu’au fruit du jardin d’Eden.

Un premier principe est de placer la nourriture orale dans la dépendance interne à la nourriture qu’est la Torah divine avec ses exigences: «heureux pays, si ton roi est un fils de nobles et si les grands mangent à l’heure voulue, pour prendre des forces et non par goût de la boisson» (Qohélét, L’Ecclésiaste 10,17). Les Sages y réfèrent cela dans ce verset à la Torah qui est le lieu de la liberté (‘héroute) et «l’heure voulue» est le temps réservé à l’étude et la méditation sur la Torah. C’est pour cela qu’il est dit dans ces mêmes versets (9,7): «Va donc, mange ton pain allègrement et bois ton vin d’un cœur joyeux car depuis longtemps Dieu a pris plaisir à tes œuvres».
Ce texte, parlant uniquement de la Torah, nous donne aussi une anthropologie holistique totale: la nourriture est à la fois le besoin de manger et de se nourrir de la Torah, le besoin est autant celui du Créateur que celui du créé, la joie est autant concrète que spirituelle, et le tout n’est pas individuel mais relationnel et couplé. Cet enseignement est le plus traditionnel même si -pour on ne sait quel motif- les ouvrages parlant actuellement du comportement pendant le repas en restent souvent aux règles des rites formels de prières et de cachérisation.
Et je n’ai pas besoin de vous guider dans les comparaisons ou les distinctions avec ce que nous avons vu dans les textes fondateurs de la culture indienne, cela est clair.

Le texte du Rav Vidas nous transmet ensuite un second point capital: «quelle est la cavana, l’intention de l’acte de manger?». Et la réponse est immédiate, simple et claire: c’est de «léya’hed, unifier» en haut. Ce qui veut dire, précise t’il: «que tous nos actes soient pour le Ciel (léChém chamayim)» disent Les Principes des Pères 2,12 et le Livre des Proverbes 3,6 : «bé khol dérakhékha daêHou, en toutes tes voies, connais-Le».

Mais on sait que dans le judaïsme «connaître» c’est d’abord produire des unifications avec et dans les plus élevés des niveaux de l’Etre. Termes différents entre ces deux cultures, formulations descriptives différentes mais orientation dynamique identique et identité dans le souci de vision holistique. Et le texte, dans le chapitre traitant de l’amour précise que chez les grands Sages antiques, leur souci était "d’unifier le divin à partir de leurs actions concrètes", et cela est repris jusqu'à aujourd'hui comme idéal enseigné à tout Juif conscient et instruit. Et le texte précise alors explicitement: «dans la réalité du manger dans ses détails il y a une unification totale, vékhén bé métsioute haakhila bifratéya, yéch yi’houd gamour». Car ces unifications, écrit Rabbénou Bé’hayé, ne se font que par l’activité du corps («élla âl yédé haggouf») et il ajoute que c’est de là qu'ont surgi les sacrifices relevant des secrets de la Torah et l’acte d’en manger. Comme il est écrit dans les psaumes (103,1): «Bénis, mon âme, Hachém, que tout mon être interne bénisse Son saint nom». Et il ajoute: «car les forces de l’être ne se découvrent et ne parviennent à l’action que par le corps... et jusqu’à sa complétude, chlémouto». Et, enfin, il précise «dans la sagesse d’En-Haut se trouve l’acte de manger».
Et c’est en cela, dans le manger, dit-il, que se réalise le verset le plus élevé, quand Moïse, Yéhoshua son élève, et les 72 Sages montèrent au Mont Sinaï, et le texte indique clairement (Exode 24,11): «vayé’hézou éte haEloqim vayokhélou vayichtou, et après avoir joui de la vision divine, ils mangèrent et burent».

Arrêtons ici la réponse à votre question: j’ai ouvert l'éventail des dynamiques de ce qui est contenu dans ces actes concrets de la nourriture mangée dans ces deux civilisations.
A vous de prolonger l'intégration et la méditation sur ces données indéniables, comme nous avons vu que le disent les plus grands Sages qui transmettent sans erreur ces traditions et que j’ai cités fidèlement. A vous de les percevoir et d’y faire votre apport.

Voir aussi la rubrique sur l'alimentation ayurvédique

 

 
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