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Cette synthèse personnelle, équilibrée et heureuse est nommée "yogena" qui signifie et qui est “le Yoga Total”.

Cet article répond à une question qui m’a été posée par une personne pratiquant l’ayurvéda de façon régulière et l’ayant bien compris.

Voici sa question:
«Je suis maintenant stabilisée dans ma nourriture et dans ma respiration et j’ai pu ainsi réduire bien des troubles physiques qui m’avaient perturbés pendant de nombreuses années. Mais je suis née dans les modèles de pensée de la civilisation occidentale et je voudrais maintenant savoir comme cette pratique de l’ayurvéda se situe dans la proposition spirituelle de la culture de l’Inde où elle est née».

Comme cette question m’a été exprimée aussi par des personnes nées dans d’autres cultures que celles de l’Occident, je vous présente ici l’ensemble des éclairages qui concernent cette question.
Je comprends votre demande et elle a sa réponse, clairement. Nous pouvons la trouver dans un enseignement de la Bhagavad-Gîtâ, livre de base de la tradition indienne, en prenant cet axe d’étude-ci :
«Où vivre intérieurement pour ne pas être la victime des forces destructrices externes et  internes? Et comment réussir cela?». Et nous verrons qu’il ne sera pas difficile, pour chacun, de traduire cet enseignement dans les termes de sa propre culture ou de sa spiritualité particulières, et qui sont différentes de celles où est née l’ayurvéda.
Ma réponse laisse à chacun son propre effort de réflexion et ses choix.

 

L’axe de la réponse dans le texte
La réponse est donnée clairement à la question sous la forme suivante: «où vivre intérieurement», et elle décrit progressivement dans la suite des versets de la  Bhagavad-Gîtâ tout au long de cet ouvrage

Cette réponse prend pour axe le mot «Mayi» qui signifie en sanskrit «en Moi». Grammaticalement, ce mot est la forme du cas dit «locatif ou saptami» du pronom personnel “asmad”, signifiant «moi».
Voici la suite de ces versets d’enseignement où c’est l’Etre suprême qui parle à l’être humain censé le questionner.

Le verset 3, 30 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Il propose la localisation centrale de cette synthèse qui sera ensuite détaillée clairement et progressivement tout au long de l’ouvrage:
Mayi (En Moi), sarvâni (toutes) darmâni (les activités)
sannyasya (soumettant complètement)
adhyâtma (avec une conscience complète du Soi) tcetasâ (par la conscience)”…
“et sans désir de profit et sans esprit de possession
étant ainsi, alors sans abattement dans les combats ”.
Ce verset indique clairement être et comment y être avec Lui, l’Etre Suprême, et dans le monde tel qu’il est.
C’est une localisation, une insertion globale concrète et constante de l’être personnel, de ses combats, de ses angoisses.
Si vous voulez une version de tout le texte de la Bhagavad-Gîtâ pour approfondir cela et poursuivre votre formation, elle existe, clairement traduite mot à mot et commentée clairement en français et en anglais par le Swami Prabhupâda (Edition du Bhativadanta Book Trust).

Le verset 4, 35 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Ce verset arrive après avoir reçu dans le verset précédent 4, 34 le conseil divin d’apprendre auprès d’un vrai maître qui connaît et voit la vérité et il indique que, alors, on ne tombera plus sous le joug de l’illusion (mohah) et on sera capable de découvrir que
“bhûtâni (les êtres) asheshâni  (tous)
drakshyasi (tu les verras) âtmani (dans l’Etre Suprême)
atho (en d’autres mots) Mayi (en Moi)”. 
Donc, seule une étude véridique et véritable dans ce seul axe global permet d’accéder à ce niveau personnel de localisation. Et cela fournit une centration d’équilibre global.

Le verset 6, 30 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Ce verset tire ces conséquences existentielles très importantes: celui qui vivra dans ce “lieu” quittera les sentiments habituels dans l’existence d’être perdu et désaxé au milieu des difficultés, et d’être abandonné par la force accompagnatrice du “Tout puissant”, (état intense de la conscience que cette tradition oser encore nommer “illusion, mohah”.
Voici le texte de ce verset:
“Celui qui ( yé)
Me (Mam, accusatif complément d’objet direct),
Me voit partout (Mam pashyati sarvatra)
et qui voit tout Mayi (en Moi)…
Aham na pranashyâmi (Je ne suis pas perdu)
tasya (pour lui, génitif)
et Me (de Moi, pour Moi, datif) il n’est pas perdu».
Nous voyons ainsi que l’inclusion peut-être réciproque et permanente.

Le verset 7, 14 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Ce verset attire notre attention sur le fait que la force qui nous déstabilise n’est pas seulement externe à nous dans les événements ou de par l’action des malfaiteurs mais il y a en nous aussi, dit le divin, l’énergie débalancée et super-puissante des trois gunas.
Ces gunas sont 3 systèmes internes essentiels (daivî), de régulation physique et de réglages très différents chez chacun et qui constituent la base du diagnostic de santé et de préparation de l’alimentation dans l’ayurvéda.
Voici le verset:
«Il est très difficile (duratyayâ) de surmonter la super-puissance (daivî) des trois gunas
mais ceux qui (ye) s’abandonnent “Mam, à Moi”,
cette énergie illusoire (mâyâm étâm) ils la vainquent certes (taranti te eva».
L’ayurvéda est ainsi un lieu central de gestion répétitive qui répare et axe à nouveau pour le mieux.

Le verset 9, 29 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Ce verset montre que l’égalité d’attention et d’amour de l’Etre Suprême envers tous et chacun a pourtant un effet inégal car cet effet dépend de l’attitude du côté de l’être humain: si celui-ci aime son Créateur alors il se produit une «habitation et cohabitation» de degré intense, particulier et contenu dans ce mot Mayi, en Moi. Voici le texte:
«Egal (samah) envers tous les êtres (sarva-bhûtesu)
b suis (b).
Personne (na) n’est (na) bobjet de haine (dveshyah). Cependant (tu) ceux qui (ye)  b
servent (bhajanti) avec dévotion (bhaktyâ)
sont en Moi (Mayi)
et Moi (Aham) Je suis aussi (ca) en elles (teshu), en ces personnes (te)».

Le verset 12, 6-7 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Ce verset-ci confirme les enseignements précédents et les mots précédents. Ce qui démontre combien nous avons besoin de la répétition en raison de notre réaction continue de collaboration aux forces et attitudes négatives en nous et autour de nous. Voici tout le verset:

«mais (tu) ceux qui (ye) abandonnent (sannyasya) Mayi (en Moi)
en toutes (sarvâni) les activités (karmâni),
à Moi (mat) étant attachés (parâh) sans division (ananyena),
certes (eva) pratiquant ainsi le yoga total (yogena),
Me (mâm) méditant (dhyâyantah) et M’adorant (upâsate),
pour eux (tesâm) Je (aham) suis le libérateur (samuddartâ)
de la mort (mrtyu) dans l’existence matérielle (samsâra) océanique (sâgarât)…
et en Moi (Mayi) est fixé (âveshita) leur mental (cetâsam)». 

Le verset 13, 8-12 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Ces versets-ci donnent une longue liste d’une trentaine de qualités morales et spirituelles qui caractérisent et distinguent la vraie connaissance (jnânam) de l’ignorance (ajnânam),
comme l’humilité, la non-violence, la maîtrise de soi, le renoncement aux faux-egos, au milieu des réelles difficultés de l’existence, et comment être parvenu à l’équilibre entre ce qui est désirable et l’indésirable, etc.
Et, à ce moment, il cite d’être parvenu... «en Moi (Mayi), dans le service d’union inconditionnelle (ananya-yogena), sans interruption (avyabhicârini)».

Le verset 18, 56-57 de la  Bhagavad-Gîtâ.
Après avoir défini et décrit celui qui «a atteint (avâpnoti)
et vit toujours (sadâ) sous Ma protection (mat-vyapâshrayah)
dans l’éternelle (shâshvatam) demeure (padam)
impérissable (avyayam)»,
le texte rappelle avec précision cette dynamique de
vie spirituelle, concrète et amoureuse :
«dans toutes les activités (sarva-karmâni), en Moi (Mayi)
abandonnant (sannyasya) sous Ma protection (Mat-parah)
tes actions d’union spirituelles (buddhi-yogam)
et prenant refuge (upâshritya),
en pleine conscience de Moi (mat-cittah),
vingt-quatre heures par jour (satatam), bhava (deviens!)».

Le verset 18, 68 de la  Bhagavad-Gîtâ. La pédagogie progressive.
Il nous fallait montrer par toutes les présences de cette expression «en Moi (Mayi)» dans ses diverses conjugaisons que ces présences jalonnent l’ensemble continu du texte de la Bhagavad-Gîtâ, des premiers versets aux derniers versets. Et le texte insiste alors finalement sur le fait que d’enseigner cet ensemble de l’union définie comme  «en Moi (Mayi)» contribuera, pour celui qui le fait, à le rapprocher encore et infailliblement sans aucun doute (asamshayah) «Mâm (à Moi)».

Dans tout ce contexte, voici une brève remarque complémentaire.

Elle m’est demandée par plusieurs lecteurs issus de la civilisation juive ou d’autres ayant connaissance de ses textes.
D’eux-mêmes ils évoqueront certainement ces différents versets qui confirment ces dynamiques:
- «Ve-atem ha-dévakim be-Hashem Elokeikhem. Et vous qui adhérez à Hashem votre D.ieu, “hayim coulékhem hayom, vous vivez pleinement aujourd’hui...» (paracha Vaet’hanane,  Dévarim 4, 3-4).
- Et un autre verset est le plus proche de ce que nous avons étudié ci-dessus: «...Ils Me construiront un sanctuaire et J’habiterai en eux» Paracha Téroumah, Exode 25,8.
La tradition juive a développé ces concepts tout au long de son histoire et nombreux sont les écrits des grands maîtres de tous les courants qui en ont fait le centre de leur enseignement.
La différence avec l’étude que nous venons de faire dans le texte de base de la Bhagavad-Gîtâ, c’est que ce dernier tout au long des versets lui-même -et non des commentateurs- révèle et décrit et détaille longuement ces dynamiques et réalités ici exposées et qu’il revient sur ce même thème en continuité et en explication constante et préférentielle.

En conclusion
Ce système de l’ayurvéda, non seulement a démontré son efficacité holistique depuis des millénaires, mais aussi il s’intègre maintenant à de nombreuses cultures et en liaison avec leurs diverses thérapeutiques médicales et philosophies et spiritualités sans tomber aucunement dans des simplifications syncrétiques ou non rigoureuses.
Ma connaissance approfondie et vécue de plusieurs de ces cultures me facilite cet enseignement de l’ayurvéda et la formation de praticiens.

 

Pour la poursuite personnelle de vos études, voici les références précises qui vous permettront l’étude approfondie sur les sens et les usages du mot “yogena” dans les deux principaux ouvrages de base de la tradition indienne en sanscrit:
BG = Bhagavad Gita
SB = Srimad Bhagavatam

“Yogena” comme processus d’inter-relations :
amsa-yogena : son processus partiel SB 3.5.33
jñana-yogena processus de relations complètes dans la connaissance BG 3.3 SB 1.7.4 SB 2.9.27
yogena : le modèle de base SB 12.2.39

“Yogena” comme processus de relations complètes dans la relation d’union ou dévotion au Suprême :
BG 10.7 BG 12.6-7 BG 12.9 BG 14.26 SB 3.2.4 SB 3.3.23 SB 3.7.12 SB 3.21.7 SB 3.24.17 SB 11.11.48
adhyatma-yogena : en s’aidant de l’étude des textes saints SB 5.5.10-13
ananya-yogena : en détachement BG 13.8-12
atma-yogena : avec insistance sur le Suprême (ou asva-atma-yogena : par ce qui est Moi...) SB 5.20.2 SB 10.25.18 (ou mat-bhakti-yogena) SB 11.20.32-33
avec concentration : SB 3.20.52
avec contrôle des sens : SB 5.2.5
avyavadhana-ananya-bhakti-yogena : avec permanence dans cette présence SB 5.18.7
bhagavat-bhakti-yogena : dans la dévotion SB 5.17.2
bhakti-yogena : dans la dévotion BG 14.26 SB 3.25.43 SB 2.3.10 SB 3.7.12 SB 3.25.44 SB 3.27.5 SB 4.8.61 SB 4.22.53 SB 5.5.10-13 SB 5.7.12 SB 5.15.7 SB 5.18.34 SB 7.1.27 SB 7.10.12 SB 9.4.26 SB 11.20.29 SB 11.25.32 SB 11.27.53
comme relation mystique : SB 3.27.22 SB 4.20.16 SB 4.31.12
daiva-yogena : en vivant de l’énergie divine SB 3.20.14
ekanta-bhakti-yogena : avec détachement SB 5.25.4
karma-yogena : avec désintéressement réussi BG 3.3 BG 13.25
kriya-yogena : spécialement avec dévotion SB 3.21.7 SB 3.29.15
mahata bhakti-yogena : avec persévérance en cette ligne SB 5.18.24
samadhi-yogena yoga : avec grande élévation de l’être SB 5.1.6 SB 5.4.5 SB 5.18.17 SB 8.17.22
samrambha-bhaya-yogena : avec crainte SB 7.1.28-29
samrambha-yogena : même en phase de colère; SB 3.16.31

“Yogena” comme processus de relations complètes dans la pratique de la méditation :
SB 3.8.22

“Yogena” par techniques spéciales
SB 4.18.8
abhyasa-yogena : par la pratique régulière du yoga; SB 11.9.11
antah-bahib-yogena : en se reliant aux zones internes et externes SB 5.23.3
avec intensité : SB 4.21.36
avec simplicité : SB 7.9.47
daiva-yogena : par présence de forces supérieures SB 8.11.33
deha-yogena : avec insistance depuis la présence au corps spécifique SB 5.5.6 SB 7.6.3
en prévalence mystique : SB 7.9.32 SB 8.6.9 SB 10.25.16 SB 11.12.9 SB 11.15.34 SB 11.20.25 SB 11.20.32-33
raksa-yogena : par diverses voies et techniques SB 8.24.22
vidya-yogena : par répétition de mantras SB 4.14.35

“Yogena” comme processus de relations complètes dans la pratique du yoga :
BG 13.25 BG 18.33 SB 3.2.19 SB 3.25.27 SB 3.32.34-36 SB 5.5.14
maha-yogena : par la puissance de la pratique du yoga SB 12.8.14.

 

 
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