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Le seul vrai Yoga selon la Bhagavad Gita


Beaucoup cherchaient le vrai yoga comme un rêve de la santé et de la sérénité que semblait offrir l’Orient. Et ils ressentent qu’ils se sont trompés, sans pouvoir en déterminer la cause.

Ils ont pourtant appris et pratiqué avec persévérance une technique très agréable de gymnastique relaxante qui leur donne une plus grande détente physique et psychologique. Mais ils perçoivent -à juste titre- qu’ils n’ont pas encore la clef intérieure du rêve et que ce rêve existe pourtant. Il aurait pu devenir une réalité quotidienne constante.

Avant de trouver l’équilibre entre l’aspiration et la pratique, allons un instant à ce qui semblera l’opposé extrême. Par exemple, dans son commentaire traduit de la Bhagavad Gita, l’incontesté spécialiste de la tradition indienne, Sri Sramad Swami Prabhupâda, écrit sur le verset 6,14: «le but ultime du yoga, est de voir le Seigneur à l’intérieur de soi. Les principes du yoga mentionnés ici sont donc bien différents de ceux des clubs de yoga actuels».

Il ne faut pas lire cette phrase comme une affirmation religieuse. En effet, ce que l’auteur nomme comme «le Seigneur», c’est le «Soi», qui est l’origine vitale et c’est aussi le «parah», le but ultime.

En effet, la traduction occidentale par le terme «le Seigneur» ne rend pas bien du tout le mot «mat-samsthâm» qui est le «Moi suprême et ultime».
Et, en miroir, notre «moi» personnel individuel ou «âtmâ», mental personnel, sera équilibré, contrôlé et centré, en «cittah» (mot identique qu’utilise aussi Patanjali dès le début de son Yoga Sutra). Mais ce contrôle ne sera pas centré uniquement, par une technique de concentration du moi personnel à travers mon corps en postures, mais tout exercice nécessaire pour la formation orientera vers l’union au «mat, le Moi essentiel» dans tout ce qui est existant.

Après cette introduction, nous arrivons maintenant à la véritable solution de ce problème: il faut commencer par les techniques du yoga mais, en cela, il faut savoir passer chaque fois de la technique à l’union entre les «purusa» ou personnes. C’est-à-dire que «le» problème enfin bien posé n’est pas seulement la technique mais «ce que devient la personne qui pratique le yoga technique». Et cela est rendu par un concept précis: le «yogi» ou praticien; mais, surtout, cela est rendu par le concept de yuktah, le «véritable yogi».

Pour résoudre tous ces problèmes importants, nous allons examiner ces termes qui rassemblent en eux toute la solution du problème soulevé: nous le ferons ici en découvrant dans la tradition indienne le sens du mot «yoga», le sens du mot «yogi», le sens du mot «yuktah». Commençons.


Ce mot ne désigne pas les postures, ni les techniques. Le mot «yoga» désigne uniquement: l’action de relier, de joindre, de mettre en coordination, en équipage, une unification, une union, une connexion, une compatibilité, une synthèse fonctionnelle. Puis, à partir de cela, ce mot yoga désigne la réalisation ou la technique qui le réalise (postures, méditation, concentration, etc.) mais ces trois nominations ne sont que la conséquence de la dynamique réelle.

La réalisation de cette jonction par le yoga se nomme «yojana».


Il ne désigne pas celui qui «fait du yoga» mais «celui qui est connecté, qui est en conjonction avec toutes les composantes et avec toutes les dynamiques et tous les niveaux de son être et de l’existant». Il indique un praticien qualifié dans cette ligne. On le nomme aussi «yogin». Etre en cette connexion, c’est être en «yojanîya».


Nous avançons donc avec clarté et simplicité dans cet ensemble de concepts. Le «yuktah» (mot masculin ou féminin ou neutre) désigne encore plus clairement et plus explicitement que le terme yogi, «celui qui est effectivement occupé à vivre avec qualité et intensité ces connexions et qui relie», et celui qui, en cela, est effectivement habile, qualifié, constant, et qui réussit.

Son activité et son état et sa réalisation sont dénommés par le terme féminin «yukti».

Cela étant maintenant bien clarifié, nous constatons que jamais ces termes ne placent en avant ni en priorité la technique ou les postures avant la dynamique qui est en action intérieurement. Elles conditionnent, certes, la progression mais il est essentiel de ne pas les prendre pour l’objectif. Il ne faut pas prendre le poteau indicateur pour la ville. Il faut rester «soi» et, comme le disait l’écrivain français Julien Gracq (1910-2007) dans Lettrines: «Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler». Celui qui apprend le yoga en le vivant toujours dans son axe vrai et unique réalise enfin ce que disait Confucius il y a 25 siècles en Chine: «Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie».

Ces instruments conceptuels (yoga, yogi,yuktah) étant maintenant clairs, nous pouvons aller lire leurs textes fondateurs et en bénéficier pleinement, c’est ce que vous allons faire dans l’ouvrage essentiel de base et de synthèse qu’est la Bhagavad Gita. Cet ouvrage traite de multiples questions, niveaux et dynamiques et nous allons y percevoir la place de ces outils que sont ces trois concepts. Nous serons alors au clair, au même titre que le sont les praticiens indiens qui ont toujours reçu et intégré sans erreur ce qu’est le «yoga». Revenons donc à cette excellence qu’est le personnage que l’on peut dénommer un «yuktah».



dans les différents chapitres de la Bhagavad Gita

En 3,26 il est demandé de ne pas se relier d’abord aux ambitions vers (karma-sanginâm) les fruits de notre travail mais d’être en tout (sarva) «reliés, yuktah».

En 2,50 on nous enseigne que cette orientation active de «relation, yuktah» nous affranchit véritablement des répercutions bonnes ou mauvaises des actions et devient un véritable «kausalam», art de vivre.

En 2,61 on apprend que cette attitude ne relie pas seulement à nos actions positives mais cela nous met en relation ipso facto également avec une instance suprême qui se nomme elle-même «Moi, mat-parah» car la soumission totale (vashe) au réel ouvre aussi à une relation à l’essentiel. Et cela se réussit par ces caractéristiques: la relation (yuktah), avec conscience (prajnâ), stabilité (âsîta), contrôle (samyamya).

En 4,18 l’enseignement se poursuit et nous apprend que cette attitude souple qui allie l’action (karmani) et la détente ou inaction (akarma), est la seule véritable intelligence (buddhi-mân) qui consiste à ce que même quand on est totalement impliqué dans toutes les dimensions de l’action humaine (krtsna-karma-krt) -et nous voyons ici combien fortement la dimension d’action (krt) est répétée- alors l’essentiel apparaît: le yuktah, le relationnel global qui va jusqu’au spirituel et au suprême.

En 5,6 il nous est précisé alors que ce «yoga-yuktah» (ainsi nommé en deux termes pour en montrer la réussite de la trajectoire jusquà son excellence) comporte deux caractéristiques: la première est de se jouer à l’intérieur de l’action et non dans une sorte de contemplation éthérée; donc, celui qui opterait pour «sannyâsah», le renoncement à l’action ne récolterait que «duhkham», le malheur, et ce serait le contraire de la relation, ce serait donc une absence de yoga, une «ayogatah». La voyelle «a» donne toujours un sens privatif de «ne pas», en sanskrit. Par contre, celui qui pratique tout cela à l’intérieur de l’action en yoga-yuktah atteint (adhigacchati) et sans délai (na cirena) l’excellence optimale de l’être que l’on nomme «brahma».

En 5,8-9 s’éclaire ce qui organise ainsi cet état: bien que tous les sens soient occupés dans l’action ou le rêve et le sommeil ou le plaisir, en fait cette personne reste constamment en état de yuktah, c’est-à-dire qu’elle est reliée aussi au niveau essentiel et c’est une position de vérité (tattva-vit) où tous les sens n’accaparent pas et il en est libre (vartante), considérant (dhârayan) autrement toutes ces relations.

En 5,23 cet humain (narah) ainsi positionné dans le yuktah est shukhi (heureux) et le désir (kâma) ou la colère (krodha) ou les impulsions (vegam) sont abandonnés (vimoksanât). Et il en est devenu capable (shaknoti).

En 6,18 il est précisé que c’est à ce moment-là que le praticien du yoga est devenu expert compétent et discipliné (viniyatam) et on le nomme (ucyaté): «yuktah». Cela veut dire clairement qu’il n’a pas renoncé ni à l’action ni aux exercices ni aux sens mais il sait tout «relier» et jusqu’au transcendant: c’est alors «le véritable yoga», relation véritable par sa dimension large et totale. On le voit, on n’est pas ici seulement dans le seul entraînement à l’apprentissage d’une posture ni d’une certaine forme de concentration ou de méditation. Tout cela, au contraire, sans cette relation dynamique globale ne serait aucunement du «yoga» mais resterait de la camelote et une tromperie.

Le verset 8,10 prend alors l’exemple le plus difficile, celui où la personne sait qu’elle va basculer dans la mort (prayâna-kâle). Et le texte redouble les mots de relation (bhaktyâ yuko yoga-belena caiva) pour dire que celui qui est vraiment inséré constamment dans l’activité relationnelle ainsi décrite du yoga au niveau d’excellence nommé yukta, est alors capable aussi de placer son souffle vital (prânam) complètement (samyak) dans la direction du royaume spirituel (divyam) et de l’atteindre (upaiti).

C’est la démonstration réussie du programme qui avait commencé à être décrit en 2,39 où l’enseignant Krishna promettait que son élève Arjuna parviendrait à être dégagé (parhâsyasi) de l’enchaînement des conséquences des seules actions (karma-bandham).

En 7,17 c’est alors la voix suprême ou divine qui prend la parole et déclare que, parmi les humains, parmi eux (tesâm), celui qui a compris et intégré cette connaissance totale (jnânî) et qui est parvenu à être constamment (nitya) et hautement (atyartham) dans cette relation de yuktah, lui seulement (eka) est priyah (très cher) réellement (hi) à Moi (mama). Et le mot «priyah» (très cher) est répété deux fois pour en montrer l’intensité; et il est ajouté: «comme Je le suis (aham) aussi (ca) vers lui (sah)».

Nous avons franchi ainsi tous les étages de la formation au yoga et ne pouvons plus nous égarer sur ce qu’est ou non ce yoga qui n’a pas d’autre définition ni d’autre réalité dans la conception traditionnelle unique qui l’a révélée, la conception indienne. Celle que je pratique, celle que je transmets.

En 9,13 le texte nomme ces praticiens de yoga qui ont atteint le yuktah: des «grandes âmes» (mahatma). Ce terme «mahatma» est bien connu de tous, en toutes les cultures, car il a désigné le fondateur spirituel et concret de l’Ine contemporaine, le «Mahatma» Gandhi.

En 9,14 le verset résume et dévoile ce qu’est cet état de yuktah et cette relation: il commence par ce mot «toujours» (satatam). Une courte parenthèse: dans la tradition juive, cela est condensé de même dans le verset des psaumes du Roi David: «Chiviti Hachém lé negdi tamid» (je me représente sans cesse Hachém devant moi toujours, tamid. Psaume 16,8).


Cette relation de yoga-yuktah est alors décrite comme:

- une activité de chant (kîrtayantah)
- branchée vers le Moi suprême (mâm)
- en effort total (yatantah)
- en détermination (drdha-vratâh)
- en dévotion (bhaktyâ)
- en lien constant et perpétuel (nitya-yuktâh)
- en adoration (upâsate)

C’est donc l’arrivée non seulement à un système global en inter-relations mais aussi à une relation interpersonnelle entre la personne individuelle humaine et LA personne créatrice suprême. Et ce verset se trouve dans le chapitre dénommé: «la connaissance la plus secrète». Nous voici parvenus à toute cette connaissance, nous ne pourrons plus nous égarer sur ce qu’est le vrai «yoga» et son «yuktah» optimal.

En 12,1 Arjuna -qui représente tout humain- pose la question risquée: «entre ceux qui optent pour ce yoga de yuktah en dévotion (bhaktâh) de présence constante (satata) et ceux qui s’orientent vers l’union à l’impersonnel, lesquels sont les plus parfaits dans le yoga (yoga-vittamâh)?»

La tradition indienne se place là devant une question décisive.

En 12,2 la réponse est donnée clairement en faveur de la relation inter-personnelle (mâm) qui fait de ceux qui l’ont comprise des «yuktatamâh, les plus parfaits dans la réalisation du yoga».

En 12,3 il est cependant dit que ceux qui optent pour la recherche à travers l’inconcevable (acintyam) omniprésent (sarvatra-gam) atteignent (prâpnuvanti) eux aussi le Suprême; mais le verset 12,4 décrit leur approche comme très difficile (duhkham). Et les termes de yoga et de yuktah ne sont pas utilisés envers eux dans ces versets.

Le dernier usage de ces termes se trouve presque à la fin de la Bhagavad Gita, au verset 18,51. Il résume toute la pédagogie décrite marche par marche en ces 18 étages ou chapitres et dans ces 700 versets que nous venons de parcourir ensemble.

Ce verset réitère que cette démarche est celle de la délivrance (vimucya), de la non-possession (nirmamah), du bonheur paisible (shântah) et surtout de la réalisation de l’être (bhûyâya) avec réussite et qualification (kalpate).

Tous ces versets surabondent en description de «la relation entre moi et Moi» vécue en pleine conscience (jnâtvâ) et de vérité (taavatah). Et les termes abondent qui décrivent cela comme une «demeure, padam» commune, consciente (mat-cittah), en abandon (sannyasya), en refuge (upâshritya). Encore une fois, ces termes et ces états abondent dans les psaumes de David comme dans le psaume 91: Yochev bé sétér êliyone... Et, comme dans le premier chapitre du Livre de Yehoshua dans la Bible, le céleste met en garde Arjuna (tout humain) contre toute velléité de ne pas combattre (na yotsye), ce qui serait céder à l’illusion (mohât).

Et en 18,61 il est dit que cela est possible car l’Être suprême (Îshvarah) réside (tishhati) dans le cœur (hrt-deshe) de tous les êtres (sarva-bhûtânâm).

Tous ces termes y sont encore reformulés de nombreuses fois dans les derniers versets (abandon «sharânam gacha», demeure «sthânam», paix «shântim», illusion «mohah», etc.)

Et la sérénité s’installe: merveilleux «adbhutam», plaisir joie «hrsyâmi», émerveillement «vismayah», richesse «shrih», victoire «vijayah», puissance «bhûtih», certitude «dhruvâ», moralité «nîtih».

Et le livre se termine en parlant de cette dynamique globale réussie comme «le yoga divin», «yoga-îshvarah» mais aussi tout ce texte se termine par une affirmation personnelle puissante comme un immense son de conque : «matih mama, ceci est ma pensée». Ce n’est pas la chute dans un nirvana fumeux.



Dans ce parcours qui est aussi celui de la formation que je transmets, l’être humain, représenté par Arjuna a reçu puis découvert et finalement entendu ainsi ce qu’est «le véritable yoga», selon la transmission unique et effective de la tradition indienne.

Elle insiste en final sur la qualité essentielle sans laquelle rien ne peut se réaliser dans ce parcours et à ces niveaux: le «j’ai entendu, shrutavân» (versets 18,74-75, par exemple). Affirmation tellement proche du Chémâ Israel (Ecoute, Israël) continu et permanent dans le judaïsme.

Dans ses 700 versets, la pédagogie de la Bhagavad Gita sur le yoga s’est déroulée en ligne droite sans déviations. On comprend mieux alors pourquoi l’élève Arjuna est dépeint comme un archer dont les flèches vont droit au but (dhanuh-dharah, en 18,78) ou comme un souffleur de conque dont le son est direct: c’est l’attitude droite et simple de l’écoute chez tout praticien du yoga et sous la direction habile de son maître.

Le yogi a foi dans la qualité intérieure: le verset 2,23 disait que les armes (shastrâni) ne peuvent jamais (na) tailler en pièces (chindanti) cette âme (enam). Au milieu de toutes les difficultés elle restera «sanâtanah», éternellement la même (verset 2,24) et toujours plus heureuse.

Et je suis heureuse de pouvoir vous transmettre en vérité cette pratique dans la qualité de sa fidélité transmise de générations en générations


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