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Comprendre la sagesse multiséculaire de l’ayurveda
parmi les autres sagesses

La science des simultanéités et des oppositions

Recherche effectuée dans le Séminaire Ayurveda par Nili Stone Gangapersad et Yehoshua Dufour


Beaucoup se demandent
"mais comment comprendre ce qui caractérise l’Ayurveda, cette forme de sagesse qui est capable de prendre en charge et d’améliorer tant de facteurs différents de santé et chez tant de personnes si différentes ?"

La question est tellement bien posée qu’elle comprend la réponse. Nous allons l’explorer.

Effectivement, dans l’émergence de la science médicale il y a deux siècles en Occident, on a pensé qu’il suffisait de trouver «le» facteur principal qui était manifeste dans une maladie, puis de prendre «la dimension contraire» pour bâtir «un» remède ou un vaccin en contrepartie et que l’on pourrait ainsi résoudre coup par coup toutes les pathologies.

Ce fut la révolution totalement contraire à celle qui avait bâti les «universités» basées sur la conception qu’il fallait tenir compte de la globalité et de «l’universalité» des causes pour être capables de bien les gérer. Et les Facultés de science se sont repliées en «Départements» s’isolant sur une seule dimension du savoir.
Aujourd’hui, sans diminuer en rien la nécessité de la connaissance scientifique ponctuelle, on a compris l’erreur d’une pensée «mono» et on revient maintenant à essayer de comprendre cette capacité globale qui n’avait jamais été perdue dans les cultures très anciennes qui, elles, ont ajouté aussi les connaissances modernes mais n’ont jamais fait l’impasse sur la synthèse. Ainsi, aujourd’hui en Inde, en Chine, au Japon, etc, dans les unités médicales de soin, on cumule ces deux approches.

Cela étant maintenant bien clair, examinons plusieurs caractéristiques de la pensée indienne qui a fait émerger l’ayurveda.

Avant de rechercher «une» cause de la pathologie de quelqu’un, cette culture cherche d’abord à comprendre le fonctionnement global et particulier de cette personne qui peut se manifester dans des pathologies mais, avant tout, dans des caractéristiques personnelles, des besoins personnels, des rythmes personnels et, en tous cas, dans une synthèse personnelle.
Cela peut se manifester dans tous les rythmes corporels et psychologiques, intellectuels, spirituels.
Cette conception est tellement perçue par la culture indienne que le mot principal qui la caractérise et qui est connu du monde entier est la syllabe «Aum» qui est un leit-motif écrit et oral permanent. Cela est présenté comme l’émergence de ce qui vit.

Par quoi se caractérise ce son initial ?

Par plusieurs facteurs:
- une complexité et non pas comme le chiffre 1 qui est un début arithmétique apparaissant en unicité absolue;
- ensuite, il y a un développement dynamique en 3 étapes: A-u-m ;
- puis, il y a une unité des trois mais elle est une dynamique et non pas un état ultérieur qui serait statique ;
- enfin, cette dynamique reste constante.

(image graphique du Aum)
Dans la tradition indienne, les différentes parties graphiques ou sonores du Aum suggèrent une multitude de sens aussi bien en soi, dans leur lien et dans leur développement essentiel.
- Ainsi, la Katha Upanishad ou Kathopanishad, ou Kâthaka, l’une des dix plus importantes Upanishad, chapitre 2, verset 15 dit : "sarve vedâ yat padam âmananti tapâmsi sarvâni ca yad vadanti, yad icchanto brahmacaryam caranti, tat te padam samgrahena bravimi: aum ity etat : Le mot et le but que tous les écrits du Veda expriment, et que toutes les formations ou austérités visent et que des hommes désirent quand ils mènent la pratique … est Aum, Om».
Le verset 16 : «etadd hy evâksaram brahma, etadd hy evâksaram param
etadd hy evâksaram jñâtvâ, yo yad icchati tasya tat. Cette syllabe Aum est en effet le Suprême. Qui sait ce que cette syllabe contient obtient tout ce qu'il désire».
Le verset 17: «etad âlambanam shreshtham etad âlambanam param
etad âlambanam jñâtvâ brahma-loke mahîyate : Ceci est le meilleur soutien; le plus haut. Qui le connaît est magnifié... etc.»
Tout ceci place au plus haut d’importance ces dynamiques ainsi exposées dans leur relation et succession. C’est dans ce cadre que se placeront toutes les questions et observations dans l’Ayurveda.

Avançons par une analyse anthropologique comparative

Remarquons que, dans la civilisation juive, le commencement de tous les textes de la Torah est la lettre «beit» qui est la seconde lettre de l’alphabet; ce qui indique que nous n’atteignons pas la source (qui est indiquée par la lettre alef), ou que la source est tellement puissante et hors de notre portée dans son unicité que nous ne la connaissons pas.

Bien plus, ce qui a émergé (la lettre beit) de cette source qui est la première lettre alef, est caractérisé par une complexité dont nous parlions: la lettre beit est 2 mais c’est un 2 complexe car la tradition fait dire au Créateur:



"le tout que J’ai créé, je l’ai bâti en paires, les cieux et la terre, le soleil et la lune, Adam et Eve..." Michna Raba Dévarim 2,31). Cela apporte la dimension de dynamiques dans l'existence de couples, d’opposés coordonnés et non pas du tout d’une juxtaposition ni d’une forme répétitive. Et tout le commentaire des Tiqounei Zohar sur la Torah explore ce potentiel qui est démontré dans le seul premier mot de la Torah (Béreshit) qui explore ces dynamiques complexes tout au long de l'ouvrage.

Et la tradition islamique a transmis également

cette conception d’un développement non défini mathématiquement: en effet, dans la Surat-i-dhâriyât 51, Sourate (Les vents disperseurs), les versets 47-49 développent cette approche globale dynamique:
- verset 47: «Le ciel, Nous l’avons construit de main de maître et Nous en élargissons (farashnâhâ) constamment le domaine».
- verset 49 : «de toute chose (kulli shayin), deux éléments de couple (zawjayni) Nous avons créés (khalaqnâ); peut-être vous rappellerez-vous!».
- et la relation à Dieu Allah est proposée comme une «dynamique» et non pas comme une seule croyance intellectuelle : la Surat l’alaq (l’adhérence) dit l’importance du mouvement dans le verset 96,19 : «rapproche-toi (wa-ia-tarib)». Dans la sourate 51,50 il est dit pour le mouvement dynamique constant: «fuyez donc vers Dieu (fafirru ilâ Allah)». Et la sourate 53 l-najm (l’étoile) au verset 9 valorise le mouvement en ces termes : «plus proche (adnâ)» !

Mais cela est aussi très fort dans la civilisation islamique car le mouvement y est placé en lien avec la respiration, mais la respiration est placée en sa source créatrice radicalement divine: La sourate 15 Al-Hijr au verset (ayat) 28 et 29 dit aux anges: «en effet (innî), Je vais créer (khâtiqun) un être humain (basharan)... Dès que (fa-idhâ) je l’aurai façonné (sawwaytuhu) et que j’aurai respiré (wanafakhtu)

(image graphique de "wanafakhtu")
en lui (fihi) de mon âme-esprit-souffle (min rûhî) alors tombez à terre (faqa û) devant lui (lahu) vous prosternant (sâjidîna)». Et la sourate l-sajdah 32,9 de la prosternation reprend cette ligne : «Il lui donna sa forme (sawwâhu) et Il respira (wannafakha) en lui (fihi) de Son souffle-esprit (min ruhihi)».

Il est clair que l’islam ne fait jamais de similitude entre la représentation humaine et la représentation divine, ce qui serait idolâtrie. Cependant, le texte divin est là et clair et les commentateurs sont face à cet extrémisme sur le pouvoir de la respiration et sur sa source divine.

Les commentaires les plus puissants sur cela sont trouvés dans l’ouvrage Futûhât al-makkiyya (Les victoires mecquoises), encyclopédie de 560 chapitres de l’inégalable Ibn al-’Arabî (1165-1240) : il y revient souvent (II 232,12) sur ce verset du Coran et la puissance qu’il y a derrière comme dit Allah dans le verset 16,40: «Quand nous voulons une chose, il Nous suffit de lui dire: «sois, kun» pour qu’elle devienne réelle. "Innama (seulement) qawluna (un mot) lishayin itha aradnahu an naqoola (nous disons) lahu kun fayakûnu (et cela est)».

Il y a donc en l’homme une certaine capacité «d’ouverture (futuh)» réalisatrice mais elle n’est pas d’abord dans l’intellect (II 116,23 et II 505,17) mais cela est placé au cœur de la respiration.
Et Ibn al-’Arabî affine les concepts de mouvement et amour sur ce thème en ces termes (II 310,17): «La racine de la respiration est la propriété d’amour. L’amour a un mouvement (haraka) dans l’amant, tandis que la respiration est un mouvement de désir (shawq) vers l’objet de l’amour, et à travers cette respiration, la joie est expérimentée. Et Allah a dit: «J’étais un trésor mais Je n’étais pas connu, aussi J’ai aimé être connu». A travers cet amour, la respiration prend place et le (Grand) respirant devient manifeste...». Qui voudrait approfondir l’oeuvre de Ibn al-’Arabî trouverait une excellente introduction dans l’ouvrage de William C. Chittick : «Ibn al-’Arabî’s métaphysics of imagination. The sufi path of Knowledge».

Aussi les techniques se sont multipliées pour la respiration dans «la lecture concrète du Saint Qoran» et, les «versets» étant dénommés «ayat», ce mot ayat est devenu la dénomination des signes d’arrêts respiratoires pendant la lecture ; et des experts en lecture font des découpes respiratoires jusqu’à sept dans la première sourate al-Fâti’hah et celui qui est arrivé au niveau d’expert dans ce lien de la lecture et de la respiration est nommé un qâri’.

Car, comme l’ont développé spécialement les courants soufistes de l’islam, et comme le décrit le Shaykh Hakim Moinuddin Chisti dans «The Book of Sufi Healing»:
«breath is not synonymous with air, nor with oxygen. Breath is what which emerges from the divine origin and has as its essence the temperament of the celestial reams. Breath is a luminous substance, a ray of light; breath is the life force of God himself... Breath is the regulator of joy, sadness, delight, anger, jealousy, and other emotions. Both the quantity and quality of breath have a definite and direct effect upon human health... Therefore medicines must be chosen for their effect on the breath ant its temperament... The breath is the nexus between our Creator and ourselves... Allah uses the word nafas for His own breah, and He uses the word “rûh” for His own soul. These same words are used to mean the human breath and human soul - confirming the fact that we are originally from Allah, of Allah, for Allah, and in the end will return to Allah».
Dans l’univers actuel où les cultures sont devenus si proches dans la cohabitation, on ne peut plus ignorer cela, mais de plus chacun peut apprendre beaucoup sur lui-même à partir de ces adjonctions.

Nous avons pu ensemble cumuler et rapprocher ainsi ces enseignements évidents dans les civilisations orientales diverses pour bien montrer qu’il s’agit de représentations fortes et constantes dans les modes de pensée et de représentation de ce qu’est «la vie». Représentations cependant absentes du modernisme occidental. Pourquoi ? Simplement parce que ces civilisations occidentales n’ont pas ces millénaires d’ancienneté de connaissance et de sagesse vitale et ne les ont pas prises en charge en se constituant. Mais cela commence maintenant, avec beaucoup d'erreurs par simplisme.

Les traditions persanes. Saadi

Je présenterai maintenant des textes de Saadi (13e siècle), celui qui a peut-être théorisé le plus ces dynamiques en faisant la synthèse des traditions persanes iraniennes et les reliant ensuite à l’islam avec la spécificité qu’y a mise l’Iran.

Saadi (voyez le texte de Wikipedia) est un sage et poète de la plus grande qualité et qui a su garder une beauté dans sa vie et dans ses textes dans une période où tout était -comme aujourd'hui- guerres cruelles incessantes. Il a dû, pour survivre, traverser nombre de pays (son Iran natal, Syrie, Pakistan, Turquie, Irak, Anatolie, Inde, Jerusalem, Egypte, etc) et, revenant finalement dans sa belle ville de Chiraz en Iran, il continua à y écrire ses merveilleux poèmes et surtout ses deux grands ouvrages, le Bustan (le Verger) et le Goulistan (le Jardin des Roses). C’est une poésie claire, simple, heureuse qui enseigne avec clarté et rigueur. Et ses textes concernent tout ce qui nous occupe ici.

Le texte de l’introduction de ses œuvres est l’essentiel de son message et nous allons voir, dans l’introduction du Bustan (Le Verger), qu’il nous démontre que tout ce qui existe est ainsi dans une dynamique positive des opposés ou des différents et que cela constitue la vie. Cela est un principe très clair dans l’ayurveda qui ne distingue pas en bien et en mal tout ce qui existe mais y perçoit des nécessités dynamiques dans ces oppositions de proximité même dans la nourriture. Je placerai ci-dessous le chiffre (2) pour mettre en valeur ces opposés dynamiques vitaux dans son texte.

Le premier texte de Saadi, introduction du Bustan, (Le Verger):

«Au nom de Lui qui a créé et supporte (2) le monde, le Sage qui a doté de discours la langue (2).
Il ne porte pas atteinte à Son honneur quand Il tourne le visage de la porte de Sa miséricorde (2)...
Il ne saisit pas en hâte le désobéissant (2), ni ne prend pas le pénitent avec violence (2). Les deux mondes sont comme une goutte d'eau dans l'océan (2) de Sa connaissance.
Il ne refuse pas Sa générosité quoique Ses serviteurs pèchent (2); sur la surface de la terre Il étend un banquet de fête dans lequel tant l'ami que l'adversaire peuvent partager (2)...
Son royaume est éternel. Sur le responsable de celui-là Il place une couronne, et d’un autre il lance son trône par terre (2).
Le feu de Son ami Il transforme en jardin de fleur (2); par l'eau du Nil Il envoie Ses adversaires à la perdition (2).
Derrière le voile Il voit tout et dissimule (2) nos fautes avec Sa propre bonté (2)...
Il est près d'eux qui sont abattus (2) et accepte les prières d'entre eux qui se lamentent (2).
Il connaît les choses qui n’existent pas (2), Il exprime des secrets qui sont indicibles (2).
Il crée la lune et le soleil (2) pour faire tourner et Il étend de l'eau sur la terre (2).
Dans le coeur d'une pierre Il a placé un bijou (2); de rien, Il a créé tout (2) ce qui est...».

On le comprend maintenant: la nature des humains ainsi que la nature des univers sont présentés ainsi dans la nécessité de saisir tous les éléments et de les accepter dans leurs pouvoirs spécifiques et dans leurs interactions apparemment contradictoires mais qui «seules et ainsi»... assurent la vie.
Cet apport est particulièrement compris par Nili Stone-Gangapersad et mis en valeur par elle dans l’accompagnement des personnes et dans la formation.
C’est dans cet axe de méthode que se place l’ayurveda, son diagnostic, ses méthodes et conseils et traitements.


Deuxième texte de Saadi, l’introduction du Gulistan 1,10

Ce texte place cette dynamique complexe non seulement dans le corps d’un humain mais aussi entre tous les humains, vus comme un seul corps et engendré par les mêmes parents, Adam et Eve. Ce texte, bâti dans cette ligne, a été perçu comme tellement essentiel dans l’histoire de l’humanité qu’il a été placé dans le hall d’entrée du bâtiment des Nations Unies:

Bani Âdam a'azâyé yek-digarand,
Ke dar âfarinesh zé yek goharand.
Tcho ozvi bé dard â'warad ruzgâr,
digar oz'v hâ râ namând qarâr.
Tou kaz mehna'té digarân bighami,
nashâyad ké nâmat nahand Âdami.

Human beings are members of a whole,
In creation of one essence and soul.
If one member is afflicted with pain,
Other members uneasy will remain.
If you have no sympathy for human pain,
The name of human you cannot retain.

En voici l’audition de cette récitation en farsi :
http://www.youtube.com/watch?v=cHTByn-vOtc
Nous en avons particulièrement soigné la lecture de la prononciation dans la translittération parce que les dynamiques se jouent totalement dans les nuances et il faut que vous puissiez les y entendre, même si le sens des mots ne vous est pas clair. Donc, suivez maintenant une seconde fois la lecture de la translittération (Bani Âdam a'azâyé yek-digarand,etc) en écoutant la diction.

3e texte de Saadi: l’introduction à son livre Gulistan, prononcé Goulistan, (Le Jardin des Roses).

Ce livre est remarquable en ceci qu’il relie toute cette théorie que nous avons découverte ensemble, à l’acte même de la respiration, en en détaillant les dynamiques et les bénéfices sur de nombreux plans. (Lire la ligne en persan, de droite à gauche et quand plusieurs mots sont reliés par un tiret dans la traduction en français, cela veut dire qu’ils traduisent un seul mot persan). Ecoutez ces deux lectures pour intensifier encore en vous l'écoute des variations dynamiques.

1. Voici le texte parlé par une petite fille :
http://www.youtube.com/watch?v=66pjTlmJ4Dc

et ici, le même texte parlé par un homme adulte :
http://www.youtube.com/watch?v=ipd7zLHpbk0
ceci pour être sensible aux nuances intérieures :

menat khodây râ azza va djal
Louange-due-en-dette-de-bienfait à Dieu de gloire et magnificence

  ke tâ’tash modjebe ghorbat ast
car Son culte-de dévotion-et-adoration cause son rapprochement-en-faveur

  va be shokr andarash mazide ne’mat.
et Le remercier augmente-jusqu’au-surplus l’abondance-de-bienfaits.

2. Har nafasi ke forou mi ravad momed hayât ast
Chaque respiration qui entre aide Sa vie

va tchon bar miâyad mofarahe zât.
et quand la respiration sort, elle vivifie le zat, (l’épanouissement essentiel).



3. Pas dar har nafasi do ne’mat modjoud ast
Alors, en chaque respiration, deux bénédictions existent-disponibles-en-potentiel 

va bar har ne’mati shokri vâdjeb.
et, dans chaque bénédiction, le remerciement est indispensable-et-dû.

Sur ce texte, présentons maintenant les dynamiques d’une science si ancienne et qui nous fera mieux comprendre l’articulation des dynamiques que prend en charge l’Ayurvéda.

- Quand, au début du texte, Saadi y parle de “l’obligation” (ménat), on aurait pu passer à côté des dynamiques intégrées en nous en y voyant seulement des concepts généraux, moraux ou religieux et alors Saadi amène tout de suite deux dynamiques incluses (c’est cela qui nous concerne) : le rapprochement (ghorbat) et l’augmentation (mazid). C’est là que se place l’oreille et l’écoute des praticiens en Ayurvéda. Et, en persan, ce concept d’"obligation" n’est pas à entendre dans le sens d’imposition d’un règlement mais dans le sens de «reconnaissance» (je vous suis «obligé»). De même, le concept de rapprochement (ghorbat) est d’une dynamique multiple et comprend et le mouvement et la proximité et la faveur.

De même, le concept de l’augmentation (mazid) comprend et le mouvement et le surplus et la dégustation.

De même, le concept de ne’mat, abondance de bienfaits n’est pas statique mais c’est un potentiel riche qui comprend trois dynamiques: la richesse et l’abondance, la faveur et la grâce et le bienfait, le talent.

De même le concept de mofarahe («fait rapprocher» le zat) n’est pas seulement une modification de la distance mais aussi une vivification agréable et qui divertit. Il faut donc toujours passer de la compréhension logique froide aux extensions dynamiques et sensorielles et affectives et intérieures.
Et quand, à la fin, Saadi indique que, en conséquence: le remerciement est «vâdjeb», indispensable-et-dû, cela ne signifie pas en persan seulement l’idée d’obligation de devoir ou de prescription religieuse mais la dynamique que cela est essentiel et indispensable.

- Puis Saadi ouvre l’éventail de ces dynamiques en décrivant l’aspiration qui fait entrer (forou) et qui donne la vie réellement, ainsi que la dynamique du souffle qui va vers l’extérieur (bar miayad) et qui fait rapprocher avec la source et produit la rencontre avec les dimensions divines subtiles. Relisez bien le texte pour y suivre avec clarté l’éclairage de ces dynamiques.

- A partir de ce moment, nous saisissons que l’être humain qui pratique ainsi la respiration entre dans des dynamiques de réalisation et d’extension des possibles.
L’écoute sensible du praticien en Ayurvéda permet ainsi de capter s’il y a une conscience et mobilisation ou une ignorance interne et spontanée de ces capacités et de leur utilisation et mobilisation. Et cela peut alors se traduire en traitement qui se répercute ensuite sur de nombreuses dimensions de la santé.

Apprendre à percevoir ces dynamiques

Maintenant que nous comprenons cela, il reste à la formation en Ayurvéda de nous rendre sensible à ces dynamiques, à les percevoir en nous ou en ceux qui recourent à cette forme de développement par l’Ayurvéda et il ne s’agit nullement de concepts mais réellement de dynamiques, soit bloquées soit se développant comme leur nature le demande l'exige et le réalise.
C’est pour cela qu’a été placé ci-dessus le lien avec la récitation en farsi du poème Bani Âdam (Les fils d’Adam) de Saadi car la seule lecture sans audition aurait pu nous mener à une compréhension conceptuelle de l’interdépendance entre tous les humains sur un plan moral, religieux, politique tandis que l’écoute d’une personne (par exemple dans l’entretien avec qui aide en Ayurvéda) accueille et découvre les dynamiques présentes, ouvertes ou bloquées.

Reprenons la récitation en farsi pour que j’explicite cela:

cliquez ici

La versification du farsi est très sensible aux intonations pour permettre de voir la présence des dynamiques évoquées (il ne s’agit pas de déclamation ni de diction bizarre ni de théâtre mais d’intériorité manifestée et captée):
- pour cela les versets (mesra) vont par deux et prolongent l’effet qui est porté par le rythme (vazn), par la voix (shut), par l’intonation (âhang), par des bondissements du son.
- alors, cette écoute discerne les vagues ondulantes (mowdj), les accroissements (mazidé), ce qui se remplit (mi chavan), ce qui est à proximité (ghorb), ce qui se renouvelle (tazé), ce qui se soulage (édéméyé), la vie (hâyat), etc.
- C’est la conscience d’un tel potentiel dans ces civilisations antiques et actuelles simultanément qui a fait placer ce poème sur ce bâtiment officiel mondial des Nations Unies.
- Toutes ces compétences des dynamiques existent dans l’individu qui s’approche de l’Ayurvéda, et toutes ces dynamiques potentielles sont écoutées et entendues par le praticien ou par la praticienne en Ayurvéda car c’est l’expression externe de l’intériorité avec ses richesses et ses troubles, et ses aspirations puissantes qui se déploient avec souffrance claire ou incompréhensible dans les troubles.

Entraînement

Pour parvenir à la capacité d’écoute de tout cela, nous plaçons ici maintenant ce film d’une petite de un ans qui danse sa capacité (défi identique chez tout adulte qui recommence chaque fois tout): cliquez ici

et il est sûr que les rythmes imprévus pris par des adultes dans la même culture auraient été différents; et les deux seront exacts et le rythme interne de celui qui écoute est encore différent. cliquez ici

Ces deux exemples qui peuvent mettre en stupéfaction le spécialiste de l’écoute qui s’imagine tout percevoir et comprendre sont une importante confrontation.
Alors, il faut nous développer po telles qu’elles sont, chaque fois toutes imprévues, riches et les plus pertinentes comme message, quelles qu’elles soient.

Voici des exemples extrêmes mais les plus exacts pour être capable d’écouter et de recevoir en interrogation totale et ouverte toute réalité humaine réelle et constamment imprévue chez chacun: cliquez ici

Pour nous placer devant l’évidence imprévue de ces dynamiques corporelles cachées, nous vous présentons aussi un discours politique en Iran par Hila Sedighi. En fait, vous pouvez probablement réagir en disant: «mais je ne connais pas cette langue»: comme il est bon de dire cela aussi devant tout interlocuteur ou devant toute personne qui vient solliciter de l’aide ! Et les mots n’importent presque pas (ici, ils parlent de politique mais ne nomment pourtant que des images poétiques et cela convient aux auditeurs, car seule en priorité l’émotion est présente et captée dans cette culture, ce qui ne sera pas ainsi dans la plupart des autres cultures (ainsi de la différence entre personnes). Ce décalage culturel difficile à entendre est aussi ce qui se produit entre les messages du corps et l’audition par la conscience intellectuelle dite intelligente mais tellement sourde et insensible: cliquez ici

Synthèse vers le «purnam»

Quelle synthèse ? Un instant !
Cet ensemble que nous venons d’explorer depuis le Aum jusqu’à tout ce travail dans l’écoute nous mène depuis la première lettre de Aum, comme le premier mot de la Torah commence par ce A (alef) non visible puis par la lettre B (beit) des couples en paires opposées et jusqu’à la dernière de l’alphabet T (tav) qui conclue le premier mot de toute la Torah (BéréchiT, "au commencement de"...). Et, dans le sens de ce que nous découvrons, remarquons bien qu'il n'est pas précisé quel est ce commencement; c'est le processus dynamique qui importe.
Et nous avons à saisir tout cet ensemble de dynamiques. C’est un exemple «parlant» dans la culture hébraïque: le mot qui signifie «toi» (contrairement aux autres langues est composé de la première et de la dernière lettre de l’alphabet: alef et tav, at. Cela veut nous exprimer que l’on n’est vraiment branché dans l’écoute de la relation avec l’autre que lorsqu’on saisit simultanément toutes ses dynamiques sans exception, du début à la fin. C’est Avraham qui fit cette découverte et inventa ce mot (Béreshit, la Genèse, 12;11).

Aum purnam

Ainsi, dans le premier texte de la tradition indienne, la première Upanishad (Ishopanishad) commence par ces deux mots «Aum purnam».
Aum, nous connaissons déjà son sens, et purnam signifie «plénitude réalisée, complétude, perfection». En ces deux mots, quelle dynamique et quel parcours et quelle réussite !
Et le texte dit: «Aum (nous savons ce que cela exprime maintenant) purnam ada (complétude en haut) purnam idam (complétude ici)» ! Méditons cela.
Et ces mots rebondissent encore en : «Aum – Purnamadah Purnamidam Purnat Purnamudachyate. Purnasya Purnamadaya Purnamevavashisyate».


(c'est l'image du premier verset de la Première Upanishad avec Aum purnam)
Voici une traduction approximative mais sa logique intellectuelle n'est pas le sujet de notre attention actuelle: "Aum, complétude en haut, complétude ici. La complétude est puisée de la complétude dt quand on a pris la complétude, la complétude subsiste. Paix, paix, paix".

Ne développons pas pour l’instant la compréhension fine de toute la nuance de ces répétitions mais écoutons seulement comme nous l'avons appris ci-dessus: cliquez ici et écoutons aussi le aum perpétuel qui commence cette phrase, appel constant de la part de l’autre et si rarement entendu: cliquez ici

C’est cette richesse qui a fait dire à Gandhi cette parole : «If all the Upanishads and all the other scriptures happened all of a sudden to be reduced to ashes, and if only the first verse in the Ishopanishad were left in the memory of the Hindus, Hinduism would live for ever." Traduction: «Si toutes les Upanishads et toutes les Écritures saintes autres étaient arrivées tout à coup à être réduites en cendres et si seulement le premier vers dans l'Ishopanishad est resté dans la mémoire des Hindous, alors l’Hindouisme vivrait pour toujours».

Concluons par cela pour montrer combien cette tradition de l’Ayurvéda a saisi la présence et la complexité des dynamiques de vie qui se manifestent et combien elle aide à leur épanouissement, de la façon la plus concrète et la plus permanente. Nous pouvons dire de l’Ayurvéda bien appris qu’il est complétude: «purnam ayurveda», c’est la méthode même traditionnelle de ce Centre Ayurvédique Traditionnel.

Rappelons qu’il est un mot dans la tradition juive qui va dans le même sens que Aum purnam, c’est le mot «émét» (vérité) composé de "alef" la première lettre de l’alphabet puis de la lettre centrale de l’alphabet: "mém", et enfin de la dernière lettre de l’alphabet, "tav". Et le Maharal de Prague a résumé toute la tradition sur cela en disant (en résumé): la vérité n’est pas une ligne droite, ni un point, c’est une dynamique complexe qui rassemble toutes les dynamiques et, surtout, les plus extrêmement contradictoires comme l’orientation depuis le centre vers la première lettre de l'alphabet à droite et aussi depuis le centre vers la dernière lettre de l'alphabet à gauche.

Ainsi -et seulement et toujours- il y a plénitude, purnam.
Ainsi de nos dynamiques internes qui assurent la vie et qu’il faut mieux connaître pour mieux les gérer, pour vivre mieux et pour mieux comprendre autrui et l’aider.

C'est cela l'Ayurvéda: d’abord
savoir écouter:
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savoir écouter toute les vibrations du troupeau interne et externe, où tout est diversité derrière les apparences des mots ou des symtômes soit-disant identiques.

 

 
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