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Le yoga selon le Yoga Sutra de Patanjali

Le yoga est une partie intégrante de l’ayurvéda. Approchons nous de ce qu’est vraiment le yoga

C’est une activité qui se déroule simultanément sur plusieurs plans de la personne: physique, psychologique, émotionnel, cognitif et spirituel, et qui a sa source dans les sagesses de plus de 6000 ans de l'Inde. Le but de cette activité rigoureuse du yoga, est d’atteindre un état tranquille de clairvoyance consciente sur tous ces plans simultanément, et où le soi individuel est participant du Soi suprême. Cela est pratiqué autant depuis longtemps dans l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme. Mais cela ne concerne aucune religion ni aucune philosophie, ni aucune culture spécifique.

A tel point que dans l’Inde, ce courant du yoga a pu prendre des nuances et constituer alors de nombreuses écoles différentes insistant davantage sur l’une ou l’autre de ces bases communes :

- Yama (Principes)
- Niyama (Disciplines personnelles)
- Asana (Positions ou Postures)
- Pranayama (Respiration)
- Pratyahara (Renoncement à l’agitation sensorielle)
- Dharana (Concentration)
- Dhyana (Méditation)
- Samadhi (Niveau spirituel élevé)

Les dosages ou les insistances sur l’une de ces dynamiques caractérisent des courants différents comme le Kriya Yoga (insistance sur les modalités de la conscience lors du yoga), le Raja Yoga qui insiste simultanément sur les différents pôles indiqués par Patanjali, le Hatha Yoga (insistant sur les postures), le Karma Yoga (insistant sur l’action), le Jnana Yoga (basé sur la connaissance), le Bhakti yoga (centré sur la dévotion ou l’union à l’âme suprême), le Kundalini Yoga (insistant sur les chakras, centres énergétiques le long de la colonne vertébrale en particulier), le Swara Yoga (insistant sur les techniques de respiration), etc.

Qu’est donc cette base unique, l’écrit de Patanjali, le Yoga Sutra (prononcer Soutra, en français). Patanjali a vécu au 6e ou au 4e ou au 2e siècle avant l’ère actuelle et il écrivit la synthèse de millénaires de pratiques et de philosophies du yoga. Peu importe qu’il soit établi comme ayant vécu en tel ou tel siècle, son ouvrage est le seul qui soit la base de tous les courants.


Nombreux sont les commentaires remarquables qu’il a suscités et, jamais, son autorité n’a été contestée. Le commentaire le plus essentiel (Yoga Bhashya) est celui de Vyâsa, un collecteur de nombreux textes anciens, les Védas, et auteur de Mahâbhârata (la Grande Inde), ouvrage sur la mythologie hindoue, composé de 90000 strophes et 250000 vers de 32 syllabes, le plus grand poème jamais composé.


Introduction

- Mes lecteurs ont déjà constaté que j’ai initié au yoga de la manière la plus traditionnelle en présentant brièvement plusieurs fois le Yoga Sutra de Patanjali dans mes articles suivants sur ce site et dont voici les liens:

Article sur ma tradition ayurvédique: cliquez ici
Article traitant de la méditation: cliquez ici
Article traitant de l'alimentation ayurvédique: cliquez ici


- Cette fois-ci, je vais donner un aperçu systématique de cet ouvrage de Patanjali qui est donc la base de tout yoga et de toute connaissance de la tradition indienne.

Pourquoi cette présentation est-elle indispensable à tout pratiquant du yoga?

En effet, Patanjali lui-même cite l’étude intellectuelle (swâdhyâya) du yoga comme un facteur indispensable pour celui qui va l’apprendre avec un maître et le pratiquer et s’y développer.

Cela est si important que Patanjali y insiste trois fois dans son second chapitre (Sadhana Pada) du Yoga Sutra. Je les cite en raison de cette importance cruciale qui peut surprendre ceux qui s’imaginent que l’apprentissage et la pratique des positions suffirait, mais ils découvriront le motif au fur et à mesure de son exposé mais, surtout, au fur et à mesure de la pratique.


Verset 1 du second chapitre:
Tapah swâdhyâya ishwara pranidhânâni kriya yogah.

Traduction: Tapa (l’énergie intérieure), swâdhyâya (l’étude) et îshwara pranidhâna (l’énergie lumineuse des sons) constituent le Kriya yoga.


Verset 32 du second chapitre:
Shaucha santosha tapah swâdhyâya ishwara pranidhânani niyamâh.

Shaucha (la pureté), santosha (la satisfaction intérieure), tapa (l’énergie intérieure), swâdhyâya (l’étude) et îshwara pranidhânani constituent le niyamas (le contrôle intérieur).


Verset 44 du second chapitre:
Swâdhyâyâdishtadevatâsamprayogah.

Traduction: Par la swâdhyâya (l’étude), l’union avec l’être suprême est atteinte.

Je me sens donc dans l’obligation d’essayer de vous en transmettre clairement les grands principes, et non seulement d’enseigner la pratique de l’ayurvéda, du yoga, de la méditation à ceux qui me le demandent.


- Le premier chapitre, Samâdhi Pâda, du Yoga Sutra présente en 51 versets brefs, la définition du yoga, son but, ses dynamiques, ses étapes.

- Le second chapitre, Sadhana Pâda, présente en 55 versets brefs les démarches concrètes de celui qui se forme pour cela par le yoga.

- Le troisième chapitre, Vibhûtii Pâda, présente en 56 versets brefs les résultats merveilleux de cette formation.

- Le dernier chapitre, Kayvalya Pâda, présente en 34 versets brefs la réussite de l’absolu illimité.

Je présente maintenant Samâdhi Pâda, le premier des quatre chapitres du livre en mettant l’accent, en chaque verset, sur le mouvement essentiel qui rejoint aussi le travail profond permettant la réussite de l’épanouissement par l’ayurvéda.

Car, comme le dit Sri Aurobindo, il faudrait au moins cinq traductions différentes pour rendre les sens différents de chacun des mots multi-dimensionnels du sanskrit. Et la liberté du sanskrit dans la place des mots dans la phrase fait jouer encore davantage les dynamiques des relations entre tous ces concepts.

Ceux qui ont recours à l’ayurvéda traditionnel pourront faire ici le lien entre les éclairages données par Patanjali avec ce qu’ils ont découvert dans leur formation à l’ayurvéda:

- la nécessité du diagnostic continu,

- la nécessité de la supervision tout au long de la progression, pour la compréhension progressive de son propre fonctionnement corporel et mental,

- et toutes ces tâches ne peuvent pas être atteintes ni réussies simplement par la transmission de postures, ni par les seules descriptions des caractéristiques des plantes, ou des recettes, ni seulement par la lecture de livres ou par l’enseignement, etc.





Verset 1 du Yoga Sutra de Patanjali

«Maintenant (atha): bénédiction, voici l’exposé des liaisons complètes et contrôlées (shâsanam) qu’est le yoga».

Développement de la compréhension de ce verset selon les nombreux ouvrages sûrs de la tradition:

Le mot «yoga» a cette caractéristique pleine de significations qu’il cumule plusieurs sens différents. Et cela concorde avec le fait qu’il signifie «yuj+a, lien, l’action de lier ensemble». Il a une première fonction de base, celle de relier tous les niveaux non seulement de la personnalité psychologique de l’individu mais aussi tous les niveaux corporels et spirituels de l’être de la personne dans une conjonction, une mixture, une constellation, une syntaxe, une addition, une possession, dans une connexion depuis sa racine jusqu’à son sens, depuis la matière jusqu’à l’âme et son au-delà. C’est plus qu’une question de globalité, c’est une question de vérité sur l’ensemble de la personne, dont toutes les composantes constituent dans leur spécificité réunie, la couleur véridique de l’être personnel qui est présent.

Et cela dans le concret, car yuj signifie concrètement «réalisation». On passe ainsi de la centration et de la concentration à la connaissance (co-naissance), jusqu’à l’intégration de cela dans la méditation.

Cela veut dire aussi qu’on accepte de délier et de rejeter tout ce qui est faux et illusion, et tromperie, et chantages. Et le refus de la fausseté est aussi la reconnaissance des niveaux les moins admis comme les niveaux spirituels alors que les niveaux corporels et psychologiques font partie du moi habituel, de «l’égo» bien connu par soi-même.

C’est sincérité, et c’est fixation dans la seule vérité d’union comme la flèche et l’arc.

Yoga signifie aussi, à partir de là, «méthode exacte, adaptée»,

Cela veut dire aussi que cela se réalisera avec force et volonté déterminée car yoga signifie aussi «mettre sous le joug». Ce qui me constitue ne sera plus abandonné, ni oublié ni dénié. Et tout cela sera maintenu avec constance, avec assiduité, car yug signifie aussi «tenir serré». Continuité, persévérance, répétition de la pratique.

Et cela est tellement complet, que le mot yoga parvient à signifier et la centration juste sur soi et sur tout, et la méditation sur un système, et une philosophie de ce système. Et tout cela sera concrètement vécu à partir d’une position corporelle (âsana).

Le yoga, c’est donc la centration et la concentration et la méditation sur la vérité multiple de l’être personnel.

Il en découle que le diagnostic qui ouvre l’entrée dans l’ayurvéda est totalement éloigné d’un diagnostic différentiel comme on prétend le faire dans la médecine ou dans la psychiatrie contemporaines. C’est au contraire, d’abord, un diagnostic multi-dimensionnel puis l’orientation vers l’accomplissement coordonné de cette multiplicité et, enfin, le balancement harmonieux entre ses composantes.


Verset 2 du Yoga Sutra de Patanjali
«Ce yoga est la cessation (nirodhah) des fluctuations (vritti) de la conscience (citta)».

Développement pour la compréhension de ce verset

Nous avons compris le mot «yoga», entrons maintenant dans la compréhension du mot «citta». Il est bien traduit par le mot «conscience»; mais de quelle forme de conscience parle-t’on?

Cela concerne le processus mental global, l’activité mentale dans son ensemble. Et il faut bien préciser qu’il ne s’agit pas là uniquement de l’activité de l’intellect, de l’esprit comme mind, en anglais.

Cela comprend aussi la compréhension par le cœur, par l’attention et par la méditation. Cela se rapproche du mot «drastr» qui contient la capacité intellectuelle de percevoir et de voir. Nous le trouverons justement au verset suivant.

Il n’y a pas dans ce mot la caractéristique de tension intellectuelle qui réfléchit en voulant, en désirant et en décidant comme dans le mot «manas» désignant aussi l’esprit. Ce n’est pas non plus le système de la seule pensée cognitive ou du raisonnement cognitif qui est rendu par le mot «sanna».

Ce n’est pas non plus l’activité spécifique de discernement ou discrimination, rendue plutôt par le mot «buddhi».

Ne nous étonnons pas de la capacité du sanskrit à distinguer ainsi les fonctions car un ouvrage bouddhiste traditionnel comme le texte Abhidhamma parvient à distinguer jusqu’à... 89 états différents de la forme de conscience intellectuelle dénommée «vinnana»!

En somme, le mot «citta» concerne souvent l’ensemble de l’activité intellectuelle et qui ne se sépare jamais des qualités de la sensation et du cœur, ce qui rend aussi vulnérable aux fluctuations affectives internes qui sont souvent déniées dès que quelqu’un réfléchit et s’imagine alors qu’il a «raison»; sa pensée est alors pleine de son ego et on nomme pour cela cette forme de pensée «ahamkara, action du moi».

Entrons maintenant dans la compréhension du mot «vritti».

Nous avons compris pourquoi cette forme de conscience citta qui vit en nous-mêmes est vulnérable aux fluctuations (vritti), aux variations, à l’instabilité, au manque de contrôle interne.

Patanjali apporte immédiatement ce concept de vritti pour nous aider à comprendre que montent en nous sans cesse des impressions venant de la réalité interne ou externe et que nous prenons automatiquement comme des moteurs pour bâtir des scénarios que l’on prétend véridiques et qui, devenus inconscients, perturbent l’ensemble de la pensée, de l’action, de la santé et des relations à autrui et jusqu’au divin.

Entrons maintenant dans la compréhension du mot «nirodhah».
Ce mot est la capacité et l’activité de stopper, de suspendre, de renoncer, de maîtriser par l’activité interne, de restreindre et de se restreindre, même de détruire s’il le faut, de revenir sur ce que l’on avait fait ou décidé. Ce terme apparaît souvent dans Srimad Bhagavatam. Placé en début de Yoga Sutra, son importance nous est indiquée comme une base essentielle pour atteindre la réussite. En hébreu, on trouve cette même importance fonctionnelle dans le terme «téchouva, retour».

Ce mot nirodhah est placé en fin de verset pour marquer son importance et le pouvoir et la puissance qu’il faut lui accorder sur toutes les fluctuations de la conscience.

Dans le yoga, cette régulation impérative sera attribuée au rythme du souffle par le fait qu’il est la clef de la vie et la participation à la vie totale, comme la respiration du nouveau-né lui ouvre totalement la vie. Dans l’ayurvéda, la mise en œuvre de ce renoncement au négatif se fera particulièrement dans la phase initiale de désintoxication qui permettra ainsi de retrouver le balancement effectif de la nature corporelle personnelle.

Nous sommes ici dans ce qui caractérise la science millénaire indienne: c’est à la fois en prenant conscience des flux désordonnés internes et en ayant la volonté de renoncer à ce désordre que l’on se donne la capacité de recevoir la vie au maximum et de s’y développer.

Il ne s’agit pas de l’entrée dans une vie monacale ascétique mais, au contraire, de capter la vie dans sa dualité très puissante: surgissement incoordonné, capture de cette source jaillissante, gestion de cette énergie considérable qui deviendrait destructrice et illusion jusqu’aux maladies et à la mort par auto-destruction inconsciente quand on ne gère pas tout ce processus.
Patanjali inscrit en lettres immenses ces données dès le début de son ouvrage qui résume toute la sagesse des générations.

C’est donc une science qui capte le physique, les processus inconscients, et éclaire ce qui caractérise l’histoire de toutes les collectivités aussi bien que l’histoire des individus: l’incroyable soif de destruction par des films imaginaires sur soi ou sur autrui et par des pathologies individuelles, relationnelles et collectives de véritables tsunamis tourbillonnants qui n’ont pas encore été compris ni dénoncés dans l’histoire; chaque peuple se glorifie de la succession des rois ou des démocraties qui acquièrent le pouvoir par les guerres, l’assassinat ou la mort d’autrui avant de succomber eux-mêmes bientôt. Seulement cette lucidité indienne avait établi la nécessité absolue d’analyser le concret comme tourbillon illusoire et mortifère et de le stopper absolument.

Mircea Eliade avait précisé avec justesse cela quand il écrivait: «la fonction ambivalente des expériences qui à la fois asservissent l’homme et l’incitent à se délivrer, est quelque chose de particulier à l’esprit indien».


Verset 3 du Yoga Sutra de Patanjali
«Alors, chacun qui se voit (drashtuh) doit bien habiter et être établi (avasthânam) avec son meilleur de soi et dans sa propre forme (svarûpe)».

Développement pour la compréhension de ce verset:

Regardons un fait: il est frappant et surprenant que bien des bébés soient nommés du prénom d’une autre personne de la famille, comme si on tient à enfermer pour toujours le nouveau naissant dans l’impossibilité d’être un «nouveau», un soi-même, dans une forme unique.


Au contraire, examinons ce que veut dire «svarûpe»

«Sva» signifie «ma propre, ta propre, sa propre, etc». «Rupa» signifie «la forme caractéristique, la nature réelle et d’identité». Donc, «svarûpe» signifie «sa propre forme personnelle, originale», être présent et être situé dans notre propre forme de notre nature essentielle et cela est défini par la tradition du yoga comme «le but essentiel». Le judaïsme définit également ce «svarûpe» par ce que D.ieu a prescrit à Avraham: «va vers toi-même, lekh kékha» en hébreu, et plus encore une autre fois en Genèse 17, 1: «hitalékh léfanaï, de l’intérieur de toi et par toi-même va et sois devant moi», définissant ainsi à nouveau tout le programme défini par Patanjali: la découverte de la forme personnelle qui se révèle alors en affinité avec la forme suprême.

La Baghavad Gita répète souvent cette expression «sva»: sva-bhâvah, les propres caractéristiques (2,7), sva-dharman, les propres principes religieux (2,33), sva-dharme, les propres devoirs de chacun (3,35), sva-caksusâ, vos propres yeux (11,8), sva-tejasâ, votre rayonnement (11,19), sva-sthah, être situé en soi-même (14,22-25), etc.

Je cite tout cela pour insister sur le sens constant de la recherche de cette forme personnelle dans la tradition indienne qui est celle de l’ayurvéda et du yoga également.

Examinons ce que veut dire «avasthânam»

C’est «prendre sa propre place et s’y tenir, y résider et y habiter réellement, que cela devienne notre condition propre, avec consistance et stabilité».
Evidemment, cela ne s’acquiert pas automatiquement par la réalisation de quelques postures en quelques semaines, mais celui qui pratique le yoga ou l’ayurvéda découvre à soi-même et à son enseignant, les hésitations, difficultés, variantes, et le passage au niveau suivant se réalise quand cette exploration progressive a été effectuée. Ainsi en est-il avec les véritables enseignants de la tradition.


Verset 4 du Yoga Sutra de Patanjali

«(Prenons garde que, hélas) nous identifions notre propre être (sârûpya) avec les fluctuations (vritti) de la pensée et des actions».

Développement pour la compréhension de ce verset :

Avec délicatesse, Patanjali écrit que «itaratra», (parfois, d’autres fois), nous commettons l’erreur de faire de notre être profond et véritable une ressemblance (sârûpya) avec la variété des fluctuations (âge, métier, nation, fonctions, modes, etc) et il va donner dans les versets suivants cinq démonstrations de ces erreurs et de leurs procédés.

«Sârûpya», (du mot «rûpa» que nous avons rencontré dans le verset précédent), c’est exactement la similarité de forme et d'apparence, une ressemblance conforme au modèle, par exemple quand on fait une confusion entre les personnes à cause de leur ressemblance. La vérité est faussée et toutes les pathologies ont la porte ouverte. Puis le système se développe d’imiter suivant les tourbillons des modifications (vritti) qui défilent de l’extérieur ou de l’intérieur et la personne perd le contrôle de soi-même socialement, dans les relations intimes et avec soi-même, jusque dans les troubles de santé qui deviennent hors de contrôle. Alors, nous ne sommes plus nous-même dans notre propre forme.


Verset 5 du Yoga Sutra de Patanjali
«Ainsi en est-il de cinq catégories (pancatayyah) d’actions en acte ou en pensée qui peuvent ou non créer en nous la douleur qui tourmente (klistâ) ou même ne pas la susciter».


Verset 6 du Yoga Sutra de Patanjali
«Ce sont l’assurance de la preuve intellectuelle (pramâna), la pensée perverse (viparyaya), l’imagination éveillée (vikalpa), le sommeil (nidrâ), la mémoire (smrtayah).»


Verset 7 du Yoga Sutra de Patanjali
«Ainsi en est-il de cinq catégories (pancatayyah) d’actions en acte ou en pensée qui peuvent ou non créer en nous la douleur qui tourmente (klistâ) ou même ne pas la susciter». (Certains mettent aussi ces catégories en liaisons avc les chakras).


Verset 8 du Yoga Sutra de Patanjali
«L’erreur grave qui nous plonge dans l’irréel (viparyayah) vient de ce que nous ne nous situons pas (pratishtham) dans la connaissance (jnâna) de notre propre forme (atadrûpa)».


Verset 9 du Yoga Sutra de Patanjali
«Le lien aux sons ou aux mots (sabdajnâna) est souvent dénué (shûnya) de consistance (vastu) effective et nous plonge dans l’imagination éveillée sur le réel (vikalpa)».


Verset 10 du Yoga Sutra de Patanjali
«C’est alors un sommeil (nidrâ) dans l’existence caractérisé par l’absence ou la déficience (abhâva) d’une connaissance vraie et effective (pratyaya)».


Verset 11 du Yoga Sutra de Patanjali
«Quand ce qui a été vu, perçu, compris (anubhûta) même dans la matière (vishaya) n’est pas aboli (asampramosha), alors on n’est pas dans le réel de soi mais dans la mémoire (smriti)».



Après ces 11 premiers versets, je vous propose de vous présenter maintenant le résumé schématique de cet enseignement pour le mémoriser facilement, ce qui aidera dans la pratique. Nous continuerons ensuite l’étude de chaque verset.

- Le verset 1 commence par une bénédiction et annonce qu’il transmet la tradition séculaire.


- Le verset 2 donne la définition du yoga. Ne pas oublier cette définition qui peut remplacer toutes celles que vous trouveriez ailleurs: tout y est dit en trois mots.


- Le verset 3 nous évite toute erreur qui réduirait le yoga à une technique et, avec simplicité, il décrit toute la pureté à tous niveaux qui est ouverte par le yoga: «Alors, chacun qui se voit (drashtuh) doit bien habiter et être établi (avasthânam) avec son meilleur de soi et dans sa propre forme (svarûpe)». Jusqu’ici, nous avons séjourné uniquement dans le positif.


- Le verset 4 nous présente l’antithèse du bon yoga: c’est notre activité habituelle (retenons ce mot) tant du mental que du physique où nous nous identifions à ce qui nous nuit et aux illusions. Toutes nos pathologies découlent de là, liées au meilleur de nous-mêmes pour chacun. Je donnerai simplement deux exemples de deux excellents enseignants parlant à des collègues: l’un voulant résumer toute sa conférence où il avait démontré à juste titre sa méthode remarquablement créative, termina en voulant bien situer son œuvre par le mot de création: «je résume: tout ce que je fais, c’est uniquement une crémation» (il voulait pourtant dire «création». Irrécupérable révélation qui démontre chez les meilleurs notre dualité incessante. L’autre exemple va dans le même sens; un autre enseignant vraiment exemplaire, terminant un discours sur la nécessité de la droiture dans la vie sociale, déclara: «il faut avoir la volonté assurée de rester toujours ensemble dans la seule voie de la vérité inique» (il voulait dire: «vérité unique»).



Donc, après avoir défini clairement le bon yoga, jusqu’au verset 3, Patanjali nous éclaire ensuite, jusqu’au verset 11, sur l’anti-yoga interne que nous pratiquons constamment et qui est la source de nos maux relationnels, physiques, psychologiques et spirituels.

Il a résumé toute l’action, au verset 5 en 5 types d’activités qui peuvent sans cesse basculer vers le positif ou vers le nocif: la connaissance valide (pramana, versets 6 et 7), l’erreur (viparyaya, verset 8), l’imagination verbale (vikalya, verset 9), le sommeil dans l’action (nidrâ, verset 10) et le souvenir mémorisé (smrti, verset 11).

La connaissance valide (pramana) peut elle-même prendre 3 formes décrites au verset 7: perception (pratyaksa), raisonnement (anumâna), communication verbale (âgamah).

Il faudra attendre les versets 30 et 31 pour lire un développement de ces conduites négatives inconscientes et nocives.


Au verset 30, des «obstacles» (antarâya) sont décrits: maladie (vyâdhi), langueur et fatigue (stryâna), doutes (samshaya), difficultés (pramâda), paresse (âlasya), irrégularité (avirati), illusions gardées ou perdues dans le regard (bhrântidarshana), instabilité (anavasthitatva), confusion (vikshepa). Elles sont les causes de obstacles ou des troubles.

Et cela influe sur les trois niveaux qui nous constituent (corps, psychologie, esprit).


Le verset 31 s’attarde encore et ajoute plusieurs facteurs dans lesquels nous nous complaisons et qui nous distraient de notre juste «moi-même»: la tristesse ou douleur (duhkha), l’anxiété et la dépression (daurmanasya), le corps (anga), l’agitation (ejayarva), une mauvaise aspiration respiratoire (svâsa) ou une mauvais expiration respiratoire (prasvâsa).

Tout ce négatif étant pointé et examiné avec le maître en yoga en diagnostic préalable et continu, pour réduire en commun ces facteurs et comportement nocifs et voir aussi leur liaison avec les gunas corporels propres à la personne et qui ne sont pas bien contrôlés (il s’agit de rajas et de tamas), Patanjali peut revenir ensuite au développement de tout le positif de la technique du yoga.

Voici les facteurs positifs du yoga, verset par verset, qui continuent à développer les premiers versets de Yoga Sutra:


Le verset 12:
«C’est par une pratique répétée et continue (abhyâsa) que l’on restraint et contrôle (nirodha) les répétitions nocives hors des rythmes (vairâgya) nocifs».


Le verset 13
décrit alors le bénéfice qui découle de la pratique constante (abhyâsa):«Là (tatra) alors, dans cette attention constante et attentive (yatnah) émerge la stabilité bien établie (sthiti)». Une remarque: ne pas s’étonner si le mot est écrit sthitau au lieu de sthiti dans le verset en sanskrit, car le mot est alors modifié par les règles d’accord, et ainsi très fréquemment.


Le verset 14 précise quel est le type de pratique répétée qui seule peut porter des fruits envers ce qu’est vraiment le yoga:

«C’est par une pratique (âsevitah) longue (dîrgha) et ininterrompue (nairantarya) dans le temps (kâla) et avec attention, droiture et dévotion (satkâra) que l’on atteint une solide fondation large (dridhabhûmih) de soi-même».


Le verset 15 continue à nous montrer qu’il ne s’agit aucunement d’une sorte de gymnastique ou de simple hygiène de retour au calme mais ici se joue ce que signifie le yoga, ce lien entre les niveaux:

«Il s’agit de parvenir à un renoncement (vairâgya) dans ce que l’on voit (drishta) et dans ce que l’on entend ou écoute (ânusravika) et on parviendra alors à se libérer du désir (vitrishna)».


Le verset 16 montre que le sujet accède au potentiel sublime:
«L’investissement le plus grand (tatpatam) se réalise et il est relié alors à la grande âme (purusa khyâti) dans son épanouissement glorieux, au delà du désir assoiffé (vaitrishnya) des seules forces naturelles (guna)».

Cette capacité était déjà préalablement découverte avec précision dès la phase du diagnostic dans l’ayurvéda traditionnel par le dosage et par le balancement des trois caractéristiques des gunas: tamas (débridé et sans responsabilité), rajas (semi-contrôle) et sattva (présence des valeurs) qui sont repérées de façon originale chez chacun lors du diagnostic initial puis continuellement lors de la purification et du bon balancement personnel progressifs. La personne découvre ainsi dans la pratique continue du yoga, mais peu à peu, combien l’équilibre personnel est intrinsèquement relié et de nature analogique avec les plus hautes réalités spirituelles perceptibles.


Le verset 17 décrit alors la nouvelle dynamique:
«Au delà du raisonnement continu (vitarka), une pensée méditative prend forme (vicâra) apportant la paix heureuse (ânanda), ouvrant la conscience vers le moi plus large (asmitârûpa), qui accompagne (anugama) dans une forme (rûpa) de connaissance qui implique la personne (sampajnâta)».

On se trouve alors à la limite d’un état potentiel qui sera expliqué explicitement dans le second chapitre (versets 44 et 45) où la personne peut faire l’expérience d’une relation avec le meilleur, certains -comme les bouddhistes- ne la nommeront pas «divin», Patanjali la nomme comme tel ; mais il y voit l’action de ce niveau que l’étudiant en yoga écoute (chémâ, en hébreu) et non pas un niveau-objet que l’étudiant ferait éclore par sa volonté. Ces dynamiques se situent au niveau de la jonction de l’être et des êtres.


Verset 18
«C’est une mise en repos (virâma) des troubles décrits précédemment (pûrva) et qui troublaient dans le passé (samskâra), cela par un exercice continu (pratyaya) dans la pratique (abhyâsa); l’étape ancienne est terminée (shesha) et c’est l’arrivée à un état différent, autre (anyah)».

Jusqu’au verset 23, Patanjali décrit les bénéfices intérieurs qui en découlent: la capacité de délibération (vitarka), la réflexion et le jugement (vikâra), la paix (ânanda), une extension des limites du moi (asmitâ), un ordre (rûpa) et d’autres expériences dans la conscience.

Jusqu’au verset 28, il précise alors combien la répétition (japa) du nom divin peut résumer et mouvoir ces dynamiques et rencontres et les aider à se développer.



A partir du verset 29 jusqu’à la fin du chapitre, Patanjali décrit tous les fruits positifs de ce long processus:

- verset 32: c’est par la pratique constante de la gestion du souffle que le yoga nous met en contact avec notre véritable essence intérieure (tattva) et que se corrigent (pratishedha) tous ces (tad) facteurs (artha) négatifs nommés auparavant.

- verset 33: les plus grandes qualités humaines elles-mêmes ont été purifiées, comme l’amitié (maitri), la compassion (karunâ), le bonheur (muditâ), la joie (sukha), la vertu (punya), la contemplation ( bhâvana) mais aussi le contraire comme l’indifférence (upekshâ), la tristesse (duhkha), le vice (apunya), dans une nouvelle forme d’état de conscience (citta) qui est purification et apaisement (prasâda).

- verset 34: simplement, parce que l’on a réussi à se centrer vraiment sur l’énergie vitale (prâna) à l’intérieur de la double respiration: aspiration ou rétention (vidhârana) et expiration (pracchardana).

- verset 35: cela aussi par le développement de l’action des sens qui captent le réel externe (nishaya).

- verset 36: cela se produit alors au-delà de la tristesse (vishokâ) et par une illumination intérieure (jyotishmatî).

- verset 37: la conscience (citta) atteint un niveau de non-attachement aux variations (vîtarâga).

- verset 38: la conscience s’étend aux rêves (svapna) et au sommeil (nidrâ).

- verset 39: comme (yatha) cela a été dit et désiré, ce stade final (abhimata) est atteint par (vâ) la méditation (dhyâna).

- verset 40: c’est une maîtrise (vashîkâra) qui va s’élargissant de la plus (parama) petite minute (anu) à la plus large ampleur (mahatva).

- verset 41: cela est comme (iva) la qualité d’un joyau (mani) de cristal (mani) transparent (abhijâta), atteignant son terme (samâpatti), acceptable (grahana) et accepté (grâhyeshu).

- verset 42: la connaissance (jnâna) et les rêves imaginatifs (vikalpa) sont réduits (sankîrnâ) dans le silence (sarvitarka).

- verset 43: c’est une purification (parishuddi) de la mémoire (smrti), un vide (shûnya) de la forme de soi (svarûpa), un au-delà de la parole (nirbhâsa) et un au-delà du silence (nirvitarka).

- verset 44: au-delà de la réflexion (savicâra) et des jugements (nirvicâra)

- verset 45: au-delà de l’objet (vishaya), du subtil (sûkshma), de l’indifférencié (alinga), là est l’aboutissement (paryavasânam).

- verset 46: cet état, on le nomme «samadhi», au centre (sa) de la graine (bija).

- verset 47: on atteint l’être intérieur (adhyâtma), la paix (prasâda), dans une forme de pensée qui est au-delà de la réflexion (nirvicâra).

- verset 48: là (tatra) est la connaissance particulière (prajnâ) de vérité (rta)

- verset 49: différente (anya) de toute écoute (shruta), de tout objet (vishaya) ou imagination (anumâna).

- verset 50: l’énergie particulière et différente (anya) de ce niveau (samskâra) bloque (pratibandhî) tout ce qui se manifeste à partir (tajja) des formes des niveaux précédents (samskâra). Cela avec solidité.

- Le verset 51 conclut par rapport au mot «nirodha» qui définit le yoga dès le début de ce premier chapitre (Samâdhi Pâda) du Yoya Sutra: les formes des niveaux précédents (samskâra) sont arrêtées en tout (sarva), le contrôle (nirodha) est effectif, et de cela (tasya) on est arrivé au «samâdhi nirbîja», état de béatitude et d’union qui définit le yoga.

Les chapitres suivants continueront à développer et à montrer comment réaliser dans la pratique.

Accordons maintenant le temps d’intégration personnelle à ces premiers versets; et à leur pratique dans le yoga.

La suite de la traduction et du commentaire seront donc donnés ultérieurement.


A suivre

Le schéma de Patanjali a été présenté mais toute la richesse de chaque verset n’a pas encore rejoint l’expérience intérieure personnelle quotidienne ou dans le yoga. Il faudra donc revenir sur ces versets à l’occasion de tout le travail par le yoga, par la méditation ou par l’ayurvéda. Car nous avons compris que c’est un seul tout, relié, yoga, entre tous les niveaux de notre être.

Nous comprenons, enfin, tout le symbolisme exact du lotus, parfaitement unifié et en équilibre entre tous ses composants et tous ses niveaux: une harmonie stable et en expansion.

Et tout cela se transmet maintenant dans la relation d’enseignement concret et corporel, et non seulement dans la compréhension intellectuelle.

 

 
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